Située dans le quartier de Metz-Queuleu, la maison de retraite Les Cèdres a mis en place une initiative encore rare dans le milieu. Depuis quelques semaines, elle a créé un « tiers-lieu culturel » et ambitionne ainsi de faire de l’Ehpad un lieu vivant, ouvert au public et aux artistes.
Face au vieillissement de la population, repenser le modèle des Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes devient urgent. Du lieu de soin au lieu de vie, d’une approche centrée sécuritaire au bien-être prioritaire, de la logique de prise en charge à celle de l’autodétermination, du huis clos à l’ouverture au territoire : dans la perspective d’une augmentation de moitié de la population âgée dépendante à horizon 2050, prendre ce virage s’avère une priorité.
À Metz, l’Ehpad Les Cèdres l’a compris avant l’heure. «Dès 2021, nous avons travaillé à l’ébauche du projet “Ma maison, mon domicile” , rapporte Jérôme Remy-Evrard, directeur de l’établissement. On était assez précurseur». Une nouvelle philosophie qui s’accompagne par un glissement sémantique significatif : ici, les résidents sont des «habitants», et l’Ehpad est leur «maison» ; les admissions deviennent des «emménagements». Le personnel a été formé, à 90 %, à «l’humanitude», concept qui redéfinit les liens soignant/soigné en s’appuyant sur des techniques concrètes de prendre soin et de bientraitance.
«Par exemple, on avait un monsieur qui ne marchait plus du tout. Grâce à cette formation, les soignants ont pu le faire marcher à nouveau», raconte le directeur. Un «parking à fauteuils» a ainsi été mis en place pour que les personnes dont l’autonomie est réduite puissent, quelques minutes par jour, délaisser leur chaise pour un déambulateur. «Pouvoir faire quelques pas tous les jours m’aide à faire beaucoup de choses au quotidien. Je ne suis pas obligée de demander de l’aide pour tout», apprécie une habitante, Michelle Pieropan, par ailleurs présidente du conseil de vie sociale et représentante des résidents.
«Il y a beaucoup de gens seuls, qui sans ça, ne verraient jamais personne»
Toujours dans l’idée de transformer l’établissement en véritable lieu de vie, le directeur de l’Ehpad a commencé à y organiser des expositions. «Un photographe était venu faire des photos des femmes salariées, bénévoles ou habitantes», se souvient-il. Face au succès de cette initiative, l’équipe a souhaité poursuivre en créant un tiers-lieu culturel.
Ouvert depuis mars, et récemment baptisé Au fil des arts, l’endroit se niche dans une jolie véranda face au parc de la maison de retraite. Il a déjà accueilli trois expositions, et ambitionne d’en faire vivre jusqu’à six par an. «L’objectif est de faire de l’Ehpad un lieu de vie, un lieu ouvert au public et qu’il devienne une galerie d’art éphémère reconnue», souhaite Jérôme Remy-Evrard.
Un partenariat avec l’association Parcours d’artistes a permis de monter les premières expositions, et même de proposer des ateliers artistiques aux habitants de l’Ehpad. Un succès : «C’est très beau, et beaucoup de résidents apprécient ces expositions, assure Chantal Kedziora, fille d’une résidente. Et puis, ça permet d’ouvrir l’établissement à des personnes extérieures». «Même en Ehpad, il y a beaucoup de gens seuls, qui sans ça, ne verraient jamais personne», souligne Fabienne Durain, également fille d’une résidente de l’établissement.
Cécile Carton
(Le Républicain lorrain)