Propriété de la région Grand Est, Lorraine Aéroport, fortement déficitaire, a été placé sous la surveillance de la Chambre régionale des comptes. Une situation qui agace et inquiète Patrick Weiten. Le président du département veut faire avancer le dossier.
La décision récente du préfet de région de saisir la Chambre régionale des comptes (CRC) à la suite du déficit excessif de 4,2 millions d’euros de Lorraine Aéroport ne passe pas auprès de Patrick Weiten.
«Une telle démarche, décidée sans concertation préalable avec les collectivités et territoires directement concernés, interroge sur la méthode. Personne ne nie les difficultés. Mais réduire l’aéroport à une simple ligne comptable serait une erreur stratégique majeure. Aujourd’hui, la main est largement donnée à la CRC. Je le dis avec gravité : c’est une situation dangereuse. La fermeture de Lorraine Aéroport serait un échec cuisant», a-t-il déclaré lundi 22 juin dans son discours d’ouverture de séance plénière, puis dans la conférence de presse qui a suivi.
Certes, l’infrastructure appartient à la seule région Grand Est. Mais le président du département de Moselle et celui de Metz-Métropole lancent à celle-ci des appels du pied depuis des mois pour voler au secours de l’infrastructure. Tandis que du côté de la région, il semble urgent… d’attendre.
Un outil et un symbole
Alors que la Meurthe-et-Moselle et le Grand Nancy ont marqué leur désintérêt, ces deux collectivités viennent d’accepter de cofinancer avec la région une étude sur la plateforme. «C’est la seule chose qui se profile pour l’heure. Mais je pars du principe qu’à partir du moment où on paye, on peut parler», ajoute Patrick Weiten, bien décidé à se faire entendre à propos de ce dossier sur lequel sa collectivité n’a pourtant aucune compétence.
L’élu estime ainsi qu’il est temps que la région «assume pleinement son rôle de chef de file en organisant la concertation des partenaires publics». Et il en profite pour tancer son attentisme : «Lorsqu’une collectivité renonce à définir elle-même une vision politique pour son territoire, ce sont d’autres qui finissent par décider à sa place».
Lui se dit très attaché à cette infrastructure qui se situe à Goin, en Moselle : «Ce n’est pas seulement un équipement de transport. C’est un outil et un symbole de l’aménagement du territoire. C’est un signal envoyé aux investisseurs, aux entreprises, aux organisateurs d’événements internationaux et à tous ceux qui choisissent un territoire pour s’y implanter».
Relancer le Luxembourg
Patrick Weiten veut pour cet aéroport «un véritable projet territorial et une vision ambitieuse de la complémentarité de la mobilité, construits avec les élus, les acteurs économiques et l’ensemble des collectivités concernées».
Sa priorité est de constituer une délégation officielle de plusieurs collectivités pour rencontrer le voisin luxembourgeois et proposer Lorraine Aéroport en délestage. Des contacts ont pourtant été pris depuis longtemps par la région avec le voisin et, dans son rapport de mars 2025, la Chambre régionale des comptes indique que Luxair n’a «aucun projet concret d’implantation de ligne à Metz-Nancy-Lorraine à court terme». Réponse de Patrick Weiten : «Je ne pense pas qu’on ait pris les contacts nécessaires avec les Luxembourgeois, qui vont arriver à un niveau de saturation inévitable».
Philippe Marque
(Le Républicain lorrain)