Accueil | Culture | [Magazine] Kinshasa : au nom du Père… et du rap!

[Magazine] Kinshasa : au nom du Père… et du rap!


Photo : afp

Inspiré par la parole de Dieu comme par celle de ses rappeurs préférés, Jean-Pierre Mongambi, un prêtre catholique de la capitale de la République démocratique du Congo, cherche à attirer les jeunes à l’église grâce au hip-hop. Rencontre.

Dans la cour d’une paroisse des faubourgs de Kinshasa, un prêtre en soutane noire se déchaîne sur une musique endiablée : Jean-Pierre Mongambi, alias «l’abbé rappeur», sillonne les quartiers déshérités de la capitale congolaise pour évangéliser la jeunesse. «Nayambi, nayambi» («Je crois» en langue locale), scande le prêtre catholique de 47 ans face à des grappes de jeunes qui bondissent en rythme, smartphone à la main. «Le rap n’est pas un péché!», clame-t-il, aussitôt ovationné par le public de la commune de Ngaliema, quartier pauvre de Kinshasa.

Casquette noire sur la tête, trois gardes du corps veillent sur la scène. Jean-Pierre Mongambi est devenu une célébrité en République démocratique du Congo (RDC) et au-delà, avec des morceaux de rap reprenant des psaumes ainsi que des prières et des concerts largement diffusés sur les réseaux sociaux. La religion est omniprésente dans de nombreuses communautés du plus grand pays catholique d’Afrique, aux principes souvent très conservateurs, sur des questions comme l’homosexualité par exemple. En 2023, le prêtre a même rappé devant le pape François, alors en visite dans le pays, devant une foule en liesse.

Photo : afp

«Le rap, c’est un moyen pour moi de faire passer la parole de Dieu», explique Jean-Pierre Mongambi, assis sur un banc de la paroisse Bienheureuse Anuarite, à Ngaliema. Son souhait : «ramener les jeunes à l’église». Ils sont de plus en plus nombreux, selon lui, à délaisser la messe dominicale ou à se tourner vers les Églises évangéliques, dites «du Réveil», qui fleurissent dans la mégapole de près de 17 millions d’habitants. Beaucoup «ne trouvent plus d’intérêt à l’église. Ils préfèrent jouer au football, fréquenter les bars ou jouer aux paris en ligne», regrette Augustin Mfwankama, le curé de la paroisse.

Et ces dernières années, «de plus en plus de « kulunas » (NDLR : bandes de jeunes armés qui terrorisent les habitants de Kinshasa à coup de vols avec violence) arpentent sa commune, selon lui. Pour «ramener ces brebis égarées», le père Mfwankama a ainsi misé sur la popularité de «l’abbé rappeur», qu’il a découvert sur les réseaux sociaux, puis invité pour un premier concert en 2023. «C’est une bonne méthode d’utiliser le rap, plutôt qu’une bible à la main, pour les attirer», soutient-il.

Le rap n’est pas un péché!

«Il m’a redonné espoir de vivre sur cette terre», confie Chadrack Mayambi, 20 ans, très affecté par le décès de sa mère à la suite d’une maladie il y a quatre mois. «Je me demandais ce que j’allais devenir, mais quand j’ai écouté son rap, ça m’a donné envie de reprendre le chemin de l’église. Si ce n’est pas Dieu, en qui d’autre peut-on croire?», dit le jeune homme, qui doit jongler entre des petits boulots sur des chantiers depuis qu’il a terminé sa licence en électricité il y a quelques mois.

Prières sur les réseaux sociaux, musique religieuse virale, discussions sur la spiritualité : de plus en plus de prêtres investissent internet pour tenter de reconquérir une jeunesse minée par le chômage en RDC, vaste pays d’Afrique centrale où près de 70% de la population vit sous le seuil de pauvreté. «Sur les réseaux sociaux, les messages peuvent passer directement et aller partout», se félicite Jean-Pierre Mongambi. «Les prêtres d’aujourd’hui sont capables d’affronter la modernité pour attirer vraiment les jeunes», estime cet ancien enfant de chœur.

Photo : afp

Originaire du quartier de Matongé, qui a vu éclore certains des plus célèbres musiciens de Kinshasa, Jean-Pierre Mongambi a commencé à écrire ses premières chansons à l’adolescence, inspiré par ses «idoles», le groupe de hip-hop américain Kris Kross ou encore le rappeur Dr Dre. Après avoir tenté de monter un groupe, il dit avoir été attiré vers l’Église catholique quand un prêtre de sa paroisse est parvenu à réconcilier ses parents au bord de la rupture.

«Je me suis dit : j’aimerais être comme cet homme, quelqu’un qui réunit les familles et qui aide les gens à faire du bien», raconte-t-il. Après son ordination en 2011, il compose son premier tube, une chanson célébrant l’anniversaire du cardinal Laurent Monsengwo, ancien archevêque de Kinshasa et figure du catholicisme en RDC, décédé en 2021. «C’est lui qui m’a soutenu, il m’a poussé à m’enregistrer en studio et il a financé la réalisation de mes clips», indique Jean-Pierre Mongambi, reconnaissant. Comme l’affirme aux futures générations l’un de ses titres phares : l’ingratitude ne paie pas.

Newsletter du Quotidien

Inscrivez-vous à notre newsletter et recevez tous les jours notre sélection de l'actualité.

En cliquant sur "Je m'inscris" vous acceptez de recevoir les newsletters du Quotidien ainsi que les conditions d'utilisation et la politique de protection des données personnelles conformément au RGPD.