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Nadav Lapid, cinéaste israélien exilé en France, dénonce un appel au boycott «cruel»


(Photo : afp)

Critique féroce de Benjamin Netanyahu, le réalisateur israélien Nadav Lapid a dénoncé lundi l’appel au boycott «cruel» qui l’a contraint à renoncer à se rendre à un festival de cinéma à Marseille.

Lauréat de l’Ours d’or en 2019 pour Synonymes, le réalisateur israélien exilé en France Nadav Lapid a annulé sa venue au festival international du cinéma FID Marseille, où il devait présenter son premier long métrage, Le Policier (2011), après avoir été visé par des appels au boycott. «ll y a dans cette démarche quelque chose qui est très, très moche, pervers, très cruel et violent», a déclaré le réalisateur. Son dernier film, Yes, brosse le portrait d’une société israélienne défigurée par la soif de vengeance après le 7-Octobre et indifférente aux morts palestiniens à Gaza.

La directrice du FID, Tsveta Dobreva, a expliqué que l’appel avait été lancé en interne contre le festival par des cinéastes sélectionnés, qui refusaient dans un premier temps de voir le cinéaste israélien siéger au jury. Avant de s’en prendre à la projection du film. «C’est à ce moment-là où Nadav Lapid s’est retiré lui-même», a-t-elle expliqué. Avec l’appel au boycott, «une dizaine de films» se sont retirés sur les 120 programmés dans le cadre de ce festival qui promeut fictions et documentaires du cinéma indépendant, indique Tsveta Dobreva.

«Pressions» et «résignation»

Dans un communiqué, le FID a déploré le boycott, jugeant «parfaitement illégitime de tenir un cinéaste pour responsable ou comptable de la politique raciste, colonialiste et génocidaire menée par le gouvernement de son pays». «Les voix singulières qui, comme celle de Nadav Lapid, s’efforcent de penser la violence propre à l’État et à la société d’Israël doivent être au contraire accueillies et écoutées, quitte à ensuite contester ou déconstruire les récits», selon le texte.

Nadav Lapid déplore pour sa part «la résignation» du festival et l’appel au boycott qui l’a renvoyé à sa «vulnérabilité» d’exilé en France, où il est installé depuis cinq ans pour protester contre la politique du gouvernement israélien. «Quand j’ai vu les pressions par rapport à ma participation au festival, je me suis dit que peut-être je n’avais pas une place en France. Si ma présence est inacceptable et si on peut juste m’effacer ou me balayer d’un événement du cinéma, je ne sais pas ce que je vais foutre ici, en fait», dit-il.

«Faillite intellectuelle»

Les tenants du boycott reprochent notamment au cinéaste d’avoir bénéficié de fonds publics israéliens pour financer très partiellement le film Yes, présenté à Cannes en 2025 à la Quinzaine des cinéastes. «La subvention israélienne dont a bénéficié le film vient d’un fonds public et non pas gouvernemental et c’est typiquement le genre d’organisme indépendant qui est attaqué par le gouvernement Netanyahu», déclare Judith Lou Lévy, productrice française de Yes au sein des Films du Bal, ajoutant que ces fonds publics ne représentaient que 12 % du budget du film. «En aucun cas, il n’y a eu de contrepartie et le film est très clair sur ce sujet», ajoute la productrice, selon qui l’appel au boycott «aggrave le manque d’un espace de discussion essentiel qui aurait permis de lever des malentendus sur la production de ce film, d’initiative française, et sur son contenu, extrêmement critique de la politique israélienne».

Nadav Lapid assure «refuser de s’apitoyer sur son sort» mais se dit «soulagé» que des professionnels du cinéma aient pris l’initiative de lancer une tribune pour le soutenir, et à laquelle le FID affirme souscrire «pleinement». Intitulé Le cinéma n’est pas une ambassade, le texte, qui a été publié lundi dans le journal Le Monde, s’inquiète qu’un artiste qui «a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l’anéantissement de Gaza» puisse être assimilé à «une quelconque forme d’ambassade culturelle israélienne». Figurent parmi les quelque 350 signataires, les réalisateurs Arthur Harari, Louis Garrel ou Claire Denis, ainsi que la Société des réalisatrices et réalisateurs de films (SRP) et l’écrivain palestinien Elias Sanbar.

Mardi, une autre tribune publiée dans Le Monde et signée par un collectif de cinéastes, parmi lesquels le réalisateur oscarisé de The Artist (2011), Michel Hazanavicius, les Palmes d’or Justine Triet et Jacques Audiard ou encore l’actrice Natalie Portman, qualifiait de «faillite intellectuelle» l’appel au boycott de Nadav Lapid. «Que le plus grand artiste dissident israélien, œuvrant inlassablement à dénoncer les dérives fascistes et colonialistes de son gouvernement, ses faillites morales criminelles, dans des films primés dans le monde entier, soit amené à se retirer d’un festival français doit nous alerter et nous mobiliser au-delà de cette aberration», a écrit le collectif. «Les cinéastes russes, israéliens, iraniens ne sauraient être menacés de disparition pour expier des crimes commis par des gouvernements dont ils sont souvent les plus fervents pourfendeurs», ajoute encore le texte.

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