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Notre «mémoire nationale»

Aussi moderne soit-il, le Luxembourg conserve des lacunes qui tardent à être comblées. En matière de mobilité ou de logement, les retards accumulés peuvent encore être rattrapés. Dans d’autres domaines, en revanche, les erreurs sont irréversibles. La préservation du patrimoine architectural en est un exemple criant. Et puis, il y a les Archives nationales, ce précieux «grand trésor» qui documente la riche histoire du Grand-Duché.

Après plus de 20 ans d’attente, la «mémoire nationale» emménage enfin dans son nouveau bâtiment à Belval. Les conditions de conservation vont ainsi considérablement s’améliorer. Jusqu’ici, les fonds étaient stockés dans des locaux ne répondant pas aux normes internationales : absence de compartimentage sécurisé et étanche, mauvaise isolation thermique, voire documents entreposés dans les couloirs. C’était le cas dans le bâtiment principal – la caserne du Saint-Esprit –, mais plus encore aux niveaux -4 et -5 du parking Saint-Esprit, au sous-sol de l’Athénée ou dans de grandes halles en zone industrielle. «C’est la première fois en 230 ans d’histoire des Archives que nous pouvons centraliser les fonds», précisait le 1er août dans nos colonnes Scott Kutting, collaborateur aux Archives nationales. Un constat pour le moins affligeant.

Dans «L’Interview du lundi» qu’elle nous a accordée, la directrice sortante, Josée Kirps, livre un autre constat accablant. Pendant des décennies, «aucune règle concernant l’archivage» n’existait. «Tout le monde faisait ce qu’il voulait. Nous n’avions pas de base légale : nous sommes le dernier pays d’Europe à avoir adopté une loi sur l’archivage», souligne-t-elle. Cette loi, venue enfin mettre de l’ordre dans un domaine aussi sensible, n’est entrée en vigueur qu’en 2018. Dans ces conditions, il tient presque du miracle que des documents historiques tels que la Constitution aient pu être conservés en bon état. Le plus ancien document de la collection remonte au VIIIe siècle.

«L’accès aux archives est toujours un signe de transparence et de démocratie. À l’inverse, dans les régions en guerre, les premières choses détruites sont souvent les archives», indique encore Josée Kirps. Une réflexion qui donne toute sa mesure à l’importance de cette «mémoire nationale».

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