Une rencontre à un arrêt du tram du Kirchberg a terminé aux urgences. Coups de pied et de poing sont distribués. Xavier, à terre, aurait encaissé et accuse deux Ukrainiens.
«J’ai vu un homme tatoué donner un coup de pied à la tête comme s’il tirait un penalty», indique un témoin. L’image illustre la violence de l’agression que Xavier, 25 ans, aurait subi le 5 avril 2025 vers 18 h 45 à l’arrêt de tram Alphonse-Weicker à Luxembourg-Kirchberg. «Ma tête était comme un ballon de football pour lui. Il m’a donné six ou sept coups de pied à la tête avant d’essayer d’attraper ma nuque», confirme la victime, filant lui aussi la métaphore footballistique.
La victime présumée avait rendez-vous à l’arrêt de tram avec son ancienne petite amie pour lui remettre des effets personnels. Victoria l’y attendait avec trois personnes, dont Vladyslav. «Il était ivre et provocant Il dansait sur place en m’invitant à me battre avec lui, sans les bagues», rapporte le jeune homme. La situation dégénère. Un coup de poing l’envoit au sol. Les deux prévenus se seraient abattus sur lui. Bohdan aurait voulu lui saisir la nuque. Tentant de le défendre, Victoria aurait été poussée à terre par Bohdan.
Vladyslav et Bohdan, deux jeunes Ukrainiens de 24 et 30 ans, sont accusés de tentative de meurtre sur Xavier «en essayant de lui briser la nuque» ainsi que de coups et blessures volontaires sur Victoria dont le bras gauche a été fracturé. Ils sont en aveux d’avoir porté des coups sans intention de tuer. Leur version des faits ne correspond pas entièrement à celle de leur victime présumée.
Vladyslav prétend avoir demandé une cigarette à Xavier qui aurait insulté sa maman avant de déchirer son hoodie préféré. Il aurait utilisé une prise de combat d’un art martial ukrainien ou russe, pour le mettre hors d’état de nuire. «La prise n’était pas mortelle», certifie le jeune homme. Elle devait juste immobiliser Xavier. Bohdan prétend avoir reçu un coup de poing dans l’œil de la part de Xavier en tentant de les séparer. En représailles, il lui aurait asséné deux coups de pied à la tête. Le duo a pris la fuite en tram. Il a été arrêté par la police quelques arrêts plus loin alors qu’il se serait à nouveau battu.
«J’attendais Xavier à l’arrêt de tram», témoigne Victoria. «Bohdan a commencé à flirter avec moi. Je l’ai repoussé et il est parti. Xavier est arrivé. Vladyslav aussi. Il l’a traité de cocu. Il a retiré ses bagues en l’invitant à se battre.» Le prévenu lui aurait ensuite sauté dessus et poussé à terre avant de lui enserrer le cou avec son coude. Victoria confirme que Bohdan lui aurait donné plusieurs coups de pied à la tête.
«Violences gratuites»
Les faits sont confus, Bohdan trouve les accusations de Xavier «absurdes». Il n’aurait jamais essayé de l’étrangler. Tout comme il n’aurait jamais profité de la bagarre pour voler le smartphone de Victoria. Il serait tombé et il l’aurait ramassé pour le lui rendre. Une jeune femme qui les accompagnait, a indiqué que voyant la situation déraper, elle lui aurait demandé de le lui rendre.
Le procureur évoque des «violences gratuites sur la voie publique» commises par deux jeunes hommes ivres. Xavier s’en est sorti sans fracture du crâne, sans blessure à la colonne vertébrale ou de dommage neurologique alors que les conséquences des coups portés auraient pu être fatales. Ne pouvant prouver qu’une intention de tuer a animé les deux prévenus, le magistrat a demandé à la 12e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg de retenir uniquement les coups et blessures volontaires avec une incapacité de travail temporaire à l’encontre des deux coauteurs venus au Luxembourg en tant que demandeurs d’asile.
«Ils n’ont pas encore de casier judiciaire, mais le parquet les connaît», précise le procureur. Il y a deux semaines, Bohdan a envoyé un homme à l’hôpital dans le coma d’un seul coup de poing, informe-t-il. «Cela montre bien qu’il n’a rien appris», ajoute le procureur avant de requérir une peine de deux ans, le maximum, à leur encontre.
Me Says, leur avocat, «ne minimise pas les faits» et leurs conséquences possibles, mais constate que les blessures infligées n’ont pas été graves et qu’ils se sont arrêtés d’eux-mêmes. L’avocat demande au tribunal de ne pas retenir la tentative de meurtre et de leur accorder un sursis intégral. Ses deux clients ont accusé leur victime présumée de les avoir chargés.
Le prononcé est fixé au 2 juillet.