Le premier train arrivé près de Thionville transporte 14 wagons remplis de bois provenant de régions situées au sud de la Lorraine. Il évite de faire circuler l’équivalent de 22 camions sur l’autoroute pour combler les besoins d’industries frontalières. Les propriétaires et exploitants forestiers parlent d’une solution d’avenir. Et les arguments sont solides.
Les quatorze wagons remplis de grumes s’étirent sur un immense terrain situé sur la zone de l’Europort à Illange près de Thionville. Le bois arrive de la région Rhône-Alpes et il alimentera les industries lorraines, luxembourgeoises et belges qui fabriquent notamment des panneaux de particules utilisés pour la fabrication de meubles. «La crise du scolyte a ravagé les forêts du secteur, les espèces replantées mettront des années à pousser», constate Didier Daclin, président des propriétaires forestiers de Moselle.
En revanche, les régions situées plus au sud disposent d’importants volumes de bois. Pour trois raisons : le scolyte oblige désormais à couper les forêts du Jura jusqu’aux monts du Lyonnais. Les tempêtes successives ont couché pléthore de pins et les deux dernières usines de pâte à papier situées dans les Bouches-du-Rhône et en Haute-Garonne sont menacées de fermeture, placées en redressement judiciaire.

La filière bois entend développer ce mode de transport par le train. (Photo : le rl/hugo azmani)
Vertus économiques et écologiques
Associations et coopératives forestières testent et entendent pérenniser le transport de bois par le train. Un système vertueux selon eux, écologique et économique pour écouler l’excès de production dans le sud, répondre aux besoins dans le nord et rééquilibrer le marché. «La forêt privée a beaucoup à gagner dans cet échange de flux», estime Didier Daclin. À l’heure où les prix du gasoil s’affolent, où les autoroutes saturent, le transport ferroviaire s’impose. Le chargement d’épicéas et de pins arrivés sur quatorze wagons équivaut à celui de 22 camions. «Ça évite de faire Valence – Luxembourg, d’emprunter l’A6, l’A7, l’A31», illustre le président des propriétaires forestiers de Moselle.
Le projet se pose sur un emplacement de choix à Illange, sur l’ancien site de Gepor, filiale d’ArcelorMittal France. Le terrain est désormais exploité par la société EnergiServ, spécialisée dans la logistique multimodale, fluviale, ferroviaire et routière, depuis fin 2024. Les 25 ha de la plateforme sont dotés de rails raccordés au réseau de la SNCF, proches des embranchements autoroutiers et ouverts sur la Moselle. «Ici, c’est notre base principale pour l’arrivée du bois. Il va falloir trouver d’autres rails de déchargement», résume Didier Daclin. Il reste aussi des conventions à mettre en place, des procédures à valider, des partenaires à fidéliser.
Jeudi, des camions plateaux devaient prendre le relais pour acheminer la marchandise vers des usines de fabrication de panneaux ou de planches en Belgique ou encore au Luxembourg. Plusieurs clients ont fait le déplacement sur la zone. «Il faut faire bouger les bois», exhorte un client belge, exploitant forestier en France, qui a fait remonter une partie de sa production sur ce premier train. Le prochain arrivera de Bordeaux dans huit jours.
Frédérique Thisse