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Samsung : les salariés votent sur un accord prévoyant des primes record grâce à l’IA


Un collectif d'actionnaires individuels s'y oppose. (Photo : afp)

Les salariés du géant sud-coréen des puces mémoires Samsung Electronics commencent à voter vendredi sur un accord prévoyant une prime annuelle de 290 000 euros en moyenne pour de nombreux salariés, sur fond de superprofits liés à l’IA, avivant les inquiétudes d’actionnaires et les revendications dans d’autres entreprises.

Samsung Electronics et sa confédération syndicale sont parvenus à cet accord mercredi après des négociations de dernière minute, évitant ainsi une grève de 18 jours qui devait commencer jeudi.

Le conflit est survenu sur fond de boom de l’intelligence artificielle (IA), qui a dopé l’activité de Samsung dans les puces mémoires : l’entreprise a vu son bénéfice d’exploitation du premier trimestre bondir d’environ 750 % sur un an, tandis que sa capitalisation boursière a dépassé début mai 1 000 milliards de dollars.

L’accord est soumis à partir de vendredi, et jusqu’au 27 mai, à un vote électronique des salariés syndiqués, ont indiqué l’entreprise et l’avocat de l’organisation syndicale.

Environ 70 000 employés peuvent y participer. L’accord sera «automatiquement ratifié» si plus de la moitié des votants se présentent et si une majorité des votants l’approuvent, selon l’avocat.

L’accord instaure un nouveau régime de primes pour les employés de la division des semi-conducteurs, équivalant à 10,5 % du bénéfice d’exploitation du département et versé en actions, combiné à 1,5 % supplémentaire en espèces.

Quelque 78 000 employés (sur 125 000 au total dans le pays) devraient donc recevoir cette année 509 millions de wons (290 000 euros) en moyenne, a confirmé un responsable de l’entreprise jeudi, sur la base d’un bénéfice d’exploitation annuel attendu par le marché à 331 000 milliards de wons.

Ce régime de primes, prévu pour 10 ans, est conditionné à d’ambitieux objectifs annuels de performance.

Conserver les talents

La perspective d’une grève avait suscité des inquiétudes quant à son potentiel impact économique : Samsung Electronics génère 12,5 % du PIB de la Corée du Sud et les puces mémoires représentent 35 % des exportations du pays.

L’attention se porte désormais sur les conséquences de cet accord sans précédent, alors que la redistribution de la manne générée par la fièvre IA fait l’objet d’un débat grandissant en Corée du Sud, comme aux États-Unis.

Pour les analystes, des bonus importants pourraient certes empêcher les meilleurs talents sud-coréens du secteur de partir travailler pour des concurrents étrangers, alors que des américains comme Tesla investissent davantage dans les puces.

Selon le syndicat de Samsung Electronics, les employés de SK Hynix, autre champion sud-coréen des puces, ont déjà perçu l’an dernier des primes plus de trois fois supérieures à celles versées chez Samsung.

«La Corée du Sud représente environ 80 % (de la production mondiale) des puces mémoire», avec une demande en plein boom qui suscite des convoitises, rappelle Kim Dae-jong, professeur de commerce à l’université Sejong.

«Mais la hausse des demandes de bonus pourrait se faire au détriment d’investissements futurs, car des fonds qui seraient autrement consacrés à la recherche et au développement ou aux dividendes des actionnaires seraient réorientés vers les rémunérations», prévient-il.

Redistribution

Le bras de fer syndical chez Samsung alimente également des revendications similaires de la part des syndicats à travers le pays dans des secteurs variés.

Le mouvement s’étend aux biotechnologies, à l’automobile, à l’informatique et à la construction navale. Les syndicats de Samsung Biologics et de Hyundai Motor Group réclament notamment qu’une part accrue des bénéfices soit allouée aux primes des employés.

Au sein même de Samsung, l’accord entérine les écarts entre les salariés du département des puces, qui bénéficieront des nouvelles primes… et ceux des autres sections du groupe (écrans, téléphones, électronique) dont les bénéfices d’exploitation stagnent ou reculent. De quoi aviver des tensions internes.

Enfin, une menace plane sur l’accord conclu mercredi : un collectif d’actionnaires individuels s’y oppose, jugeant les dispositions illégales faute de feu vert de leur assemblée générale et se disant prêt à saisir la justice pour le bloquer.

Le président progressiste sud-coréen Lee Jae-mung, connu pour ses positions en faveur des travailleurs, s’est révélé extrêmement prudent face au cas Samsung. Le gouvernement avait menacé d’enclencher «un arbitrage d’urgence» pour suspendre une éventuelle grève.

Le 12 mai, le secrétaire de la présidence Kim Yong-beom avait évoqué la nécessité de réfléchir au partage de la manne de l’ère IA via un «dividende national» pouvant financer un revenu de base ou les pensions de retraite… avant d’être recadré par le gouvernement et de modérer sa position.

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