Une petite part des résidents continue de vouloir créer son entreprise, mais des difficultés demeurent.
Si l’activité entrepreneuriale reste globalement stable au Luxembourg, les créateurs d’entreprise font face à un environnement jugé de plus en plus contraignant. C’est ce qui ressort du rapport 2025/2026 du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), présenté ce jeudi par le Statec.
En 2025, seuls 9,4 % des résidents étaient impliqués dans une entreprise en phase de démarrage, contre 9,9 % un an plus tôt. Une diminution sur un an, mais aussi un niveau inférieur à la moyenne européenne.
L’envie de créer son entreprise, elle, ne faiblit pas. Près d’un résident sur cinq (19,8 %) envisage de franchir le pas dans les trois prochaines années, un niveau supérieur à la moyenne européenne. La peur de l’échec demeure également relativement contenue : 42 % des personnes identifiant une opportunité commerciale hésitent à entreprendre par crainte d’échouer.
Cette relative confiance ne masque cependant pas une réalité plus difficile. Les perspectives de développement se dégradent : «36 % des entrepreneurs en phase de démarrage s’attendent à une croissance plus faible de leur entreprise, ce qui représente l’un des taux les plus élevés parmi les pays observés», indique le rapport.
L’épargne personnelle utilisée
Le financement apparaît désormais comme le principal frein. Plus d’un entrepreneur sur deux (52 %) déclare rencontrer des difficultés pour accéder aux financements, un niveau en forte hausse. Le coût des locaux (57 %) et les difficultés à recruter une main-d’œuvre qualifiée (48 %) figurent également parmi les principaux obstacles.
Faute de solutions externes, les créateurs d’entreprise comptent d’abord sur leurs propres moyens. L’enquête montre que «les entrepreneurs s’appuient principalement sur leur épargne personnelle, suivie de la famille, des amis et d’autres sources de financement informelles, tandis que le financement externe formel joue un rôle relativement limité au cours des premières étapes de la création d’entreprise».
À ces difficultés s’ajoute un contexte international plus incertain. Pour la première fois, le GEM a interrogé les entrepreneurs sur l’impact des évolutions du commerce mondial et des politiques migratoires. Quarante pour cent des entrepreneurs anticipent une hausse des coûts de production, tandis que seuls 20 % s’attendent à une amélioration. Les entreprises tournées vers les marchés situés hors de l’Union européenne se montrent les plus inquiètes, précise le GEM.
L’intelligence artificielle continue, elle aussi, d’occuper une place importante dans les stratégies des entreprises : 32 % des entrepreneurs la jugent très importante pour leur modèle économique, un niveau légèrement supérieur à la moyenne européenne. En revanche, les attentes quant à son effet sur la croissance se sont nettement atténuées : seuls 24 % anticipent désormais un fort impact positif, contre 47 % auparavant. Dans le même temps, les inquiétudes liées à la sécurité et à la confidentialité des données reculent.
Enfin, il apparaît que «la proportion d’entrepreneurs en phase de démarrage déclarant mettre en œuvre des mesures visant à maximiser leur impact social passe de 56 % en 2024 à 45%, tandis que celle de ceux déclarant mettre en œuvre des mesures visant à minimiser leur impact environnemental passe de 61% à 53%». Fini pour le Luxembourg d’être parmi les pays les plus performants pour ces indicateurs.
Parallèlement à la présentation de ce rapport, le ministre de l’Économie a tenu de son côté une conférence de presse sur les grandes lignes de la réforme du droit d’établissement. Le projet de loi n°8759, déposé à la Chambre des députés le 3 juin 2026, devrait «simplifier l’accès à l’activité économique tout en renforçant la transparence et l’intégrité du marché».
La principale nouveauté consiste à établir une distinction entre deux types d’activités : celles soumises à une autorisation préalable et celles qui relèveront désormais d’une notification. Les activités réglementées, celles nécessitant des qualifications ou des certificats spécifiques ainsi que celles présentant des risques particuliers, notamment en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, continueront à faire l’objet d’une autorisation préalable.
En revanche, pour les activités présentant peu de risques, l’entrepreneur pourra commencer son activité dès l’obtention de son numéro de notification, les contrôles nécessaires étant effectués par la suite. La procédure sera entièrement digitalisée et nécessitera moins de documents, promet Lex Delles.
Le projet de loi prévoit aussi de revoir le mécanisme de « nouvelle chance » pour que les entrepreneurs ayant connu un échec puissent rebondir plus facilement.
«Nous voulons un droit d’établissement plus simple, plus proportionné et davantage adapté aux réalités quotidiennes des entrepreneurs», a conclu Lex Delles.
- L’entrepreneuriat motivé par la nécessité reste beaucoup moins fréquent qu’ailleurs en Europe,
- les femmes demeurent moins nombreuses que les hommes à créer une entreprise, même si l’écart se réduit,
- les immigrés restent proportionnellement plus nombreux que les Luxembourgeois de naissance à se lancer dans une activité entrepreneuriale.