Un dossier hors norme est arrivé sur la table des juges. Le 26 janvier 2025, un chasseur, blesse accidentellement un individu caché dans la forêt. Il pensait tirer sur un renard.
En 48 ans d’expérience, Jean* n’avait jamais eu de problème. Ses compagnons de chasse estiment même qu’il fait partie de ceux qui respectent le plus scrupuleusement les règles. Souvent, c’est lui qui s’occupe de la sécurité lors des battues. Mais ce jour-là, le 26 janvier 2025 à Les Etangs, à l’est de Metz, le sexagénaire fait partie des postés. Installé depuis une heure et demie entre des piquets délimitant sa zone de tir, il voit enfin apparaître un renard. Il tire. Mais un cri humain retentit. Jean aperçoit alors un individu se lever du sol et partir en courant.
«Je n’ai pas tout de suite pensé que je l’avais touché, son cri ressemblait plutôt à quelqu’un qui a eu peur», explique-t-il à la barre ce mercredi. Mais la victime a bien été blessée et déambule dans le village, la main ensanglantée.
Après une interpellation forcée, à l’aide d’un taser, l’homme, qui ne sait pas parler français, est pris en charge à l’hôpital. Les médecins tentent de sauver sa main mais sont finalement obligés de l’amputer.
Sans domicile fixe, le plaignant était absent à l’audience. Auditionné deux fois lors de son hospitalisation, il a reconnu être victime d’un simple accident et se dit soulagé de ne pas être mort.
Au ras du sol sous des branchages
Car ce dernier ne se trouvait pas sur ce terrain privé, interdit d’accès, par hasard. «Recherché depuis un an pour un cambriolage, il se cachait volontairement au ras du sol, sous des branchages et une bâche transparente, pour échapper à une interpellation», explique l’avocate de la défense, Me Nathalie Roche.
Mais la procureure, qui requiert une amende de 1 500 euros et la suspension du permis de chasse, se questionne: «N’y a-t-il pas eu une faute d’imprudence? Si on décide de se promener en forêt, nous pourrions tous être ce monsieur.»
Ni imprudence ni négligence
Pourtant, la défense insiste: un coup de trompe de chasse a bien été lancé pour annoncer le début de la battue et plusieurs tirs avaient éclaté avant celui de Jean, «ce qui aurait dû alerter la victime». Son client était même allé en repérage la veille, sans rien avoir vu d’anormal.
De plus, l’analyse de la police scientifique confirme que la position du chasseur ne lui permettait en aucun cas de discerner le sans-abri. Sans oublier que le test d’alcoolémie était bien négatif.
Au vu de ces éléments, le tribunal a fini par relaxer le chasseur, estimant qu’il n’avait commis ni de faute d’imprudence ni de négligence. Un simple coup de malchance.
Célia Simon
(Le Républicain lorrain)