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A31 bis : une «opportunité historique» pour l’État, un «projet anachronique» pour ses opposants


Un péage devrait voir le jour sur la route des frontaliers. (Photo : Julien Garroy)

L’enquête publique sur l’A31 bis s’ouvrira ce lundi 11 mai en Moselle. Présenté comme crucial pour désengorger l’axe Lorraine-Luxembourg, le projet autoroutier est dénoncé par ses opposants comme un chantier coûteux, écologiquement destructeur et socialement injuste.

C’est (encore) une étape décisive pour un projet vieux de près de trente ans. L’enquête publique sur l’autoroute A31 bis, censée fluidifier un axe saturé entre la Lorraine et le Luxembourg, débutera lundi et se poursuivra jusqu’au 27 juin.

Pour la préfecture de la Moselle, il s’agit d’une «opportunité quasi historique» de concrétiser une infrastructure jugée indispensable face à un trafic transfrontalier en constante augmentation.

Chaque jour, environ 60 000 véhicules franchissent la frontière, un chiffre appelé à croître avec l’augmentation du nombre de travailleurs frontaliers. Le projet prévoit notamment la création d’un contournement ouest de Thionville sur sept kilomètres en 2×2 voies, la construction d’un tunnel de 2,4 km à Florange et l’élargissement de l’A31 existante à 2×3 voies, avec une voie réservée au covoiturage et aux transports en commun, rejoignant celle déjà existante sur l’A3, côté Luxembourg.

Mais à mesure que le calendrier avance, la contestation, elle, s’intensifie. Dans une déclaration commune publiée le 5 mai, plus de 25 associations et collectifs locaux et nationaux dénoncent un projet «inutile», «aberrant» et «anachronique».

Selon eux, les gains de temps avancés (une dizaine de minutes au mieux) seraient rapidement réduits à quelques minutes seulement, en raison d’un effet d’appel du trafic qui viendrait saturer la nouvelle infrastructure.

Un vrai «racket»

Les opposants pointent également un coût jugé disproportionné, estimé à près de deux milliards d’euros pour l’ensemble du projet, dont un milliard pour la seule portion nord. «Le gain socio-économique est quasi nul pour les usagers», affirment-ils, s’appuyant sur les conclusions de l’Autorité environnementale.

La mise en concession de la nouvelle portion, avec un péage estimé à près de 4 euros par trajet pour les voitures (3,80 euros précisément), est également dénoncée comme un «racket» susceptible de peser lourdement sur le budget des frontaliers, certains évoquant jusqu’à 2 000 euros annuels.

Au-delà de la question financière, les critiques portent aussi sur les impacts environnementaux et patrimoniaux du projet. Le tracé envisagé affecterait notamment le domaine de Bétange, un site classé aux Monuments historiques et reconnu pour sa biodiversité.

Artificialisation des sols, hausse des émissions de gaz à effet de serre, nuisances sonores et atmosphériques : les associations redoutent des conséquences «irréversibles» dans un territoire déjà fragilisé.

Le projet est aussi accusé de freiner le développement d’alternatives de mobilité. Les collectifs regrettent que la priorité reste donnée au «tout routier», au détriment du ferroviaire ou du covoiturage, et dénoncent une incohérence avec les objectifs climatiques nationaux, notamment la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Deux réunions à venir

Face à ces critiques, le préfet de la Moselle assume la nécessité du projet. Il y a en Moselle «une opportunité quasi historique» de réaliser un tel projet et il serait «contre-productif» de ne pas le valider, selon lui.

Même avec une transition vers des véhicules électriques, «il y aura toujours des voitures», a-t-il rappelé, estimant qu’un nouvel axe est indispensable pour éviter une congestion durable. Il défend également un gain de temps qui, multiplié par des dizaines de milliers d’usagers quotidiens, représenterait un bénéfice collectif significatif : «Il faut raison garder. Si vous gagnez 12 minutes, c’est multiplié par 80 000 personnes, matin et soir», rétorque ainsi le représentant de l’État.

Reste que le débat s’annonce intense dans les semaines à venir. Deux réunions publiques sont d’ores et déjà prévues à Thionville et Florange (le 21 mai et le 6 juin), tandis que le volumineux dossier (plus de 5 500 pages, rappelons-le) sera mis à la disposition du public. Un délai d’ailleurs jugé trop court par les opposants pour permettre une participation éclairée.

À l’issue de l’enquête, le projet pourrait franchir une nouvelle étape avec une déclaration d’utilité publique, espérée avant la prochaine élection présidentielle. Mais au vu de la mobilisation, le feuilleton de l’A31 bis est loin d’être terminé.

S. W. avec AFP

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