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Allemagne : un an après l’arrivée de Merz, une extrême droite en plein essor


Le conservateur Friedrich Merz est arrivé au pouvoir le 6 mai 2025 à la tête d'une coalition de circonstance avec les sociaux-démocrates (SPD). (Photo : afp)

ALLEMAGNE Un an après l’entrée en fonction du chancelier conservateur, l’AfD s’installe à la première place des sondages, face à un gouvernement qui bat des records d’impopularité.

Le dirigeant allemand, arrivé au pouvoir le 6 mai 2025 à la tête d’une coalition de circonstance avec les sociaux-démocrates (SPD), jugeait que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), arrivée deuxième aux législatives, pouvaient être affaiblie en gouvernant bien. Mais après un an de disputes publiques au sein du gouvernement et une anémie économique désormais chronique, l’AfD est plus populaire que jamais, tutoyant les 28 % dans les enquêtes d’opinion, soit le score atteint au scrutin de l’an passé par la CDU-CSU de Friedrich Merz.

Pour le politologue Benjamin Höhne, de l’université de Chemnitz, le parti antimigrants, prorusse et pro-Donald Trump est désormais ancré, et ne peut plus être traité comme un vote contestataire. «L’AfD dispose aujourd’hui d’un électorat très fidèle, qui lui reste attaché quels que soit l’actualité ou les chefs», relève-t-il.

Plus grave pour Friedrich Merz, à l’inverse «le noyau dur de l’électorat» de la CDU-CSU et du SPD est «en train de disparaître», juge l’expert, les conservateurs glissant sous la barre des 25 % dans les sondages et les sociaux-démocrates sous celle des 15 %.

Cette réalité est particulièrement marquée à l’Est, où l’AfD ambitionne de remporter deux régionales en septembre, et d’infliger des camouflets historiques aux deux grands partis qui se partagent le pouvoir depuis 1949. Mais à l’ouest aussi, elle a enregistré des scores historiquement haut cette année, tutoyant les 20 % lors de deux scrutins régionaux.

Incapacité à s’entendre sur des réformes

Pour l’AfD, ces résultats sont la preuve que le chancelier conservateur commet un suicide politique en s’alliant avec le centre gauche, plutôt qu’avec elle, avec qui il aurait plus de points communs. Une option rejetée par le dirigeant allemand et son parti, qui se réclament encore du «pare-feu», surnom du consensus qui veut qu’aucun parti ne formera d’alliance avec une formation jugée antidémocratique et raciste.

«Avec sa coalition avec le SPD, Friedrich Merz ne pourra reconquérir ne serait-ce qu’un seul électeur de l’AfD», juge le chef de file du groupe parlementaire de l’Alternative pour l’Allemagne, Bernd Baumann. Au contraire, «Merz continuera de perdre massivement des électeurs au profit de l’AfD, car les gouvernements incapables sont sanctionnés dans les urnes», tacle-t-il, référence aux disputes qui paralysent la prise de décision au sein de la coalition gouvernementale.

Un an après sa prise de fonction, le pari de Friedrich Merz de neutraliser l’AfD en donnant un tour de vis migratoire et en menant des réformes économiques libérales n’a pas fonctionné. Si le tournant en matière de politique migratoire a effectivement entraîné une nette baisse des arrivées, politiquement le chancelier n’en a pas profité.

«Les études montrent que généralement on renforce les populistes de droite lorsqu’on place le thème de l’immigration au devant de l’agenda politique, qu’on rapproche ses positions des partis populistes de droite et qu’on adopte leur rhétorique », explique Marc Debus, professeur de sciences politiques à l’université de Mannheim.

Mais le grand problème, c’est l’incapacité des partis au gouvernement à s’entendre sur les réformes nécessaires à la relance d’une économie en crise depuis 2022, du fait notamment des prix de l’énergie, d’un manque d’innovation, des taxes douanières américaines ou encore de la concurrence chinoise. «Les disputes internes au gouvernement aboutissent à ce que les partis (de la coalition) et l’exécutif dans son ensemble sont perçus comme moins compétents pour résoudre les grands problèmes», constate le chercheur.

Si conservateurs et sociaux-démocrates promettent des compromis, les échanges de piques sont quotidiens, qu’il s’agisse d’économie, de fiscalité ou d’État-providence. Résultat, seuls 16 % des Allemands sont satisfaits du gouvernement, selon un sondage de l’institut INSA pour le quotidien Bild publié dimanche, et seuls 24 % pensent que le gouvernement tiendra jusqu’à la fin de la législature en 2029.

Or, résume Marc Debus, «l’insatisfaction de la population (…)  améliore sensiblement les chances électorales des partis populistes de droite».

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