Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a fini par dire tout haut ce que de nombreux dirigeants européens pensent tout bas. En début de semaine dernière, il avait clamé que les Américains n’avaient «visiblement aucune stratégie» en Iran et que Téhéran «humiliait» la première puissance mondiale. Le président Donald Trump n’a pas tardé à réagir. Très remonté contre son «ami» Friedrich, le colérique locataire de la Maison-Blanche a imposé le retrait de 5 000 des 36 000 soldats américains stationnés en Allemagne (lire en page 9). De plus, il compte augmenter de 15 à 25 % les taxes sur les importations de voitures européennes. Cette mesure touchera le plus durement l’industrie automobile allemande.
La réaction de Donald Trump est inquiétante. Ses sautes d’humeur viennent bousculer les rapports de force, menacer les alliances militaires et fragiliser les relations commerciales. Donald Trump ne semble pas comprendre – ou vouloir comprendre – que de telles décisions prises à chaud nuisent non seulement aux partenaires européens, mais aussi aux États-Unis. Une réduction des soldats stationnés sur le Vieux Continent risque ainsi de diminuer la force de dissuasion face à la Russie. Une base aérienne comme celle de Ramstein, située à une centaine de kilomètres du Luxembourg, possède un intérêt stratégique pour les forces armées américaines.
La colère de Donald Trump est aussi motivée par le refus des pays alliés de l’OTAN de venir en aide aux États-Unis dans la guerre contre l’Iran. Le président américain oublie sciemment que l’Alliance atlantique est une alliance de défense. L’OTAN intervient pour venir en aide à un État membre attaqué, comme ce fut le cas après les attentats du 11-Septembre. Ce fut d’ailleurs la seule fois que l’article 11 sur le soutien mutuel a été activé. En même temps, le va-t-en-guerre de Washington clame sans cesse que son armée n’a besoin d’aucune aide pour anéantir l’Iran. En réalité, il se retrouve bien dans l’impasse décrite par le chancelier allemand. L’Iran a mis hier les États-Unis au défi de choisir entre une opération militaire «impossible» ou un «mauvais accord». Une humiliation de plus pour Donald Trump et son administration, en nette perte de vitesse, sur le front de la guerre et ailleurs.