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Pétrole et gaz : un long chantier pour réparer


Le détroit d'Ormuz bloqué, c'est tout l'Asie qui est en manque de carburant. Pour l'instant. (Photo : afp)

Après les frappes lors de la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, de longues et coûteuses réparations attendent les installations traitant pétrole et gaz.

À l’approche de la fin du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, l’absence d’accord fait craindre de nouvelles frappes contre des infrastructures pétrolières et gazières déjà touchées au Moyen-Orient, avec des réparations de plusieurs dizaines de milliards de dollars et des prix durablement élevés. Explications. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, plus de 150 attaques ont visé des sites énergétiques de la région, y compris nucléaires, selon un recensement de l’AFP à partir de données de l’ONG américaine Acled. Parmi eux, au moins 44 infrastructures liées principalement au pétrole et au gaz – dépôts, raffineries ou champs d’extraction – ont subi des dégâts, ainsi qu’une douzaine de sites liés au transport de l’énergie.
Le coût de réparation et de remise en état des infrastructures énergétiques pourrait déjà être compris entre 34 et 58 milliards de dollars, selon une estimation de Rystad Energy.Dans son scénario le plus sévère, le cabinet estime que la facture pour les seules installations pétrolières et gazières pourrait atteindre 50 milliards de dollars. Si le cessez-le-feu n’est pas prolongé ou si aucun accord n’est conclu, «les conséquences à long terme de la guerre seront plus graves», explique Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management. Le gaz naturel liquéfié (GNL), ainsi que certains produits pétroliers comme le kérosène ou le diesel, sont selon lui particulièrement exposés à des pénuries.
Des prix durablement élevésLa clé d’un retour à la normale de la production demeure la réouverture du détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la guerre environ 20 % de la production mondiale de pétrole et de GNL. Mais même une réouverture ne permettrait pas un retour immédiat de tous les barils sur le marché. «Cela pourrait prendre des mois, voire davantage», affirme Ole Hansen, de Saxo Bank. L’analyste évoque notamment «des chaînes d’approvisionnement désorganisées» et une production qui ne pourra pas  reprendre tant que les réservoirs dans lesquels les pays du Golfe ont dû stocker leur pétrole «n’auront pas été suffisamment vidés».

Par ailleurs, en sept semaines de guerre «le monde a perdu plus de 500 millions de barils» de pétrole, ce qui a «tendu le marché», et les réserves stratégiques des pays importateurs, mises à contribution pendant la crise, devront être réapprovisionnées, souligne Ole Hansen. Selon lui, l’ensemble de ces facteurs pourrait «justifier un nouveau prix plancher pour le pétrole», supérieur de 10 à 15 dollars au plancher d’avant-guerre de 70 dollars le baril, soit 80 à 85 dollars.

Un redémarrage inégal selon les pays

En cas de reprise de la production de pétrole, «environ 70 à 80 % de l’offre pourrait être rétablie en quelques semaines», note Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler. Pour les 20 % restants, les défis du redémarrage sont plus complexes et plus longs. «En Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, ça peut aller à peu près vite : ils peuvent rétablir leur production en quelques semaines», détaille Homayoun Falakshahi.

En Irak et au Koweït, en revanche, un retour à la normale pourrait prendre plusieurs mois, en raison de conditions géologiques différentes, avec des gisements contenant en partie un pétrole plus lourd. Le rétablissement total des capacités de production de l’Iran et du Qatar risque lui d’être bien plus long et pourrait prendre des années.

L’Iran compte «le plus grand nombre d’installations touchées», selon Rystad Energy, qui estime dans son scénario de dommages importants que les coûts de réparation pourraient y atteindre 19 milliards de dollars. Au Qatar, principal exportateur de GNL de la région, ce sont surtout des infrastructures gazières qui ont été touchées.

L’entreprise publique QatarEnergy a indiqué le 20 mars avoir perdu 17 % de ses capacités d’exportation, avec des réparations susceptibles de durer jusqu’à cinq ans après les attaques de missiles contre son complexe de Ras Laffan, plus grand site de production de GNL au monde.

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