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[Expo] F’murr descend de sa montagne


Photo : musées de la ville de strasbourg

Le célèbre auteur du Génie des alpages, mort en 2018, dévoile son univers absurde et pastoral à Strasbourg dans une généreuse rétrospective couvrant l’ensemble de son œuvre, de la bande dessinée à l’illustration. Découverte.

Athanase le berger, son intellectuel de chien et leurs brebis loufoques… Huit ans après la mort du bédéiste F’murr, ses personnages du Génie des alpages ressuscitent à la faveur d’une exposition à Strasbourg. Jusqu’à la fin de l’été, le rendez-vous, baptisée «Hi-Yo c’est l’écho» – du nom du sixième album de la série –, retrace la carrière du dessinateur Richard Peyzaret, alias F’murr, décédé en 2018 à l’âge de 72 ans. L’occasion d’admirer des planches originales de sa série, dont les quatorze tomes à l’humour absurde ont fait rire des générations de lecteurs, mais aussi de découvrir les talents d’illustrateur de l’auteur, du dessin de presse aux affiches, en passant par ses influences japonaises.

Parisien, fumeur de pipe plutôt casanier, taiseux et bosseur, rien ne prédestinait F’murr à devenir un poète des cimes alors qu’au début des années 1970 les derniers épisodes de sa série Contes à rebours étaient refusés par l’hebdomadaire Pilote, racontent ses amies Barbara Pascarel et Élisabeth Walter. «Il cherchait une nouvelle idée. Il est alors allé chez sa sœur, qui avait un studio aux Deux-Alpes», et s’est ainsi retrouvé, par hasard, au contact du pastoralisme, narre cette dernière. «Il a trouvé ça très amusant, parce qu’il a trouvé que le berger ne faisait rien et que c’était le chien et les brebis qui se débrouillaient. Ça a été le départ de cette série», qui a, en revanche, été acceptée par Pilote.

Moutons pas moutonniers

Tout urbain qu’il était, F’murr s’inscrit dans la mythologie du berger et du retour à la nature en vogue dans les années 1970. Avec un ressort humoristique : il dessine des moutons rebelles, «qui ne sont pas si moutonniers que ça», analyse Barbara Pascarel. De Barre-toi de mon herbe aux Intondables en passant par Un grand silence frisé, F’murr connaît la célébrité avec les albums de la série, publiés entre 1976 et 2007, dans lesquels il multiplie les références littéraires, scientifiques, artistiques ou philosophiques, tirées de ses innombrables lectures. «Il avait une culture énorme. Tout l’intéressait, de la littérature allemande aux contes médiévaux jusqu’aux polars», résume Élisabeth Walter, qui précise qu’il dessinait en écoutant France Culture…

C’est l’un des rares auteurs à être reconnus à la fois par le milieu alternatif de la BD et le grand public

L’affiche de l’exposition montre d’ailleurs des brebis occupées à dévorer littéralement un vieux grimoire, intitulé La Vie des bêtes. «C’est l’un des rares auteurs à être reconnus à la fois par le milieu alternatif de la BD mais aussi par le grand public», remarque Anna Sailer, directrice du musée Tomi-Ungerer qui accueille l’exposition, la plus grande jamais organisée sur le dessinateur. Ce «maniaque du détail» colore lui-même ses planches sans faire appel à des coloristes, souligne-t-elle, en s’extasiant devant son «excellence graphique», comme avec ces montagnes qui s’effondrent progressivement pierre par pierre sur une double page aux longues vignettes verticales.

Brebis à la valise

F’Murr joue avec la mise en page mais aussi avec les décors, qui deviennent partie intégrante du récit, comme lorsque les personnages du Génie des alpages soulèvent leurs montagnes comme de vulgaires morceaux de moquette. Le succès de la série vaut à son auteur d’être invité chaque année à Die, dans la Drôme, où il dessine l’affiche de la Fête de la transhumance, avec moult brebis. La ville lui a rendu hommage avec la statue en bronze d’une d’entre elles, transhumant avec sa valise à roulettes. À son décès, certaines de ses œuvres ont été remises à la Bibliothèque nationale de France (BNF) en paiement des frais de succession.

«Il s’agit de la première dation acceptée par l’État pour un auteur de BD», rappelle encore Anna Sailer. Une partie des œuvres a été confiée au musée strasbourgeois, une autre à la Cité internationale de la bande dessinée à Angoulême. Parallèlement, Barbara Pascarel et Élisabeth Walter ont créé un fonds de dotation, «F’murr au futur», afin de «diffuser son œuvre et la conserver». Mais même pour ses deux amies, son nom de plume reste un mystère, même si l’on peut y voir la patte du «Chat Murr», du nom d’un conte d’Hoffmann, ou encore une drôle de déformation du mot «fémur».

«Hi-Yo c’est l’écho». Jusqu’au 31 août. Musée Tomi-Ungerer – Strasbourg.

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