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[Littérature] Les sagas romanesques accélèrent le tempo


Photo : adobe stock

Plutôt que de s’étaler dans le temps, certaines sagas littéraires paraissent en seulement quelques mois. Un pari audacieux pour les maisons d’édition, pour un rythme qui plaît aux lecteurs.

Pourquoi attendre un an la suite de l’histoire? Des maisons d’édition tentent le pari de publier tous les tomes d’une saga romanesque en quelques mois afin de satisfaire des lecteurs de plus en plus impatients. Deux nouvelles sagas sortent ainsi en librairie ces jours-ci : Les Mystères d’Eversand (Robert Laffont), dont les quatre tomes seront publiés d’ici à juin, et Le Pacte des héritières (Talent Éditions), qui proposera ses cinq tomes en un an. «Dans le monde actuel, on ne peut plus attendre six mois, voire un an, pour publier un nouveau tome», dit Laure Drocourt, la directrice éditoriale de Talent Éditions.

Le livre n’échappe alors plus à l’accélération du temps, notamment dans les loisirs, où l’habitude de «binger», c’est-à-dire de visionner l’intégralité d’une série ou un ensemble de films, est désormais bien ancrée. Le romancier Victor Dixen, auteur des Mystères d’Eversand, explique que la parution quasi simultanée des quatre tomes permet aux lecteurs de «rester immergés dans une histoire, dans un lieu, avec des personnages, pendant plusieurs semaines». «Ce n’est pas tant pour répondre à leur impatience que pour leur permettre de se mettre en vacances du monde actuel.»

Dynasties familiales

Les éditeurs s’inspirent du succès en 2022 de la saga fantastique Blackwater, publiée à raison d’un tome tous les quinze jours par une jeune maison d’édition indépendante, Monsieur Toussaint Louverture. Les six tomes étaient devenus un vrai phénomène littéraire, quarante ans après la sortie initiale de la saga de Michael McDowell aux États-Unis. «C’est la preuve que la littérature populaire marche!», se félicite Frédéric Martin, le directeur de la maison d’édition Robert Laffont. «Vous êtes gagnants lorsque vous réussissez à plonger le lecteur dans un univers de mots et qu’il s’y s’amuse», ajoute-t-il.

Ce n’est pas pour répondre à l’impatience des lecteurs, mais pour leur permettre de se mettre en vacances du monde actuel

Comme auteur, Victor Dixen s’inspire des maîtres des romans-feuilletons en vogue au XIXe siècle, Alexandre Dumas, Eugène Sue ou Émile Zola. «Ils étaient capables de tisser des récits-mondes où la peinture de la société et de l’âme humaine se mêle au grand romanesque», dit-il. Les Mystères d’Eversand raconte le destin de «la très puissante et secrète» dynastie des Rosemore du début du XIXe siècle jusqu’à nos jours, traversant ainsi toute l’histoire des États-Unis.

Le quadragénaire, qui vit à Washington, a écrit les quatre tomes de sa saga «d’une traite» pendant deux ans, «une expérience intense et un huis clos d’écriture qui participe à l’atmosphère claustrale et étouffante du récit». Les cinq tomes du Pacte des héritières, de Lucie Castel, plonge eux aussi le lecteur dans l’univers impitoyable d’une famille, les Rochefort, «où les secrets valent plus que l’amour» et «où l’héritage n’est pas seulement une affaire de lignée, mais de courage».

«Des amis de papier»

«Il faut pousser les curseurs au maximum dans une saga, c’est-à-dire que l’histoire doit être haletante, avec des rebondissements, des trahisons, des secrets de famille…», soutient l’agent littéraire Karine Lanini, qui a accompagné l’autrice. «Les personnages doivent devenir des amis de papier» pour le lecteur. Les libraires, qui croulent sous les nouveautés, «réclament des livres distrayants, faciles à lire», assure Laure Drocourt.

Dans un contexte de recul de la lecture, le monde de l’édition a accueilli ces dernières années avec soulagement le succès, parfois inattendu, de sagas comme Harry Potter, Les Sept Sœurs, L’Amie prodigieuse ou Outlander, qui ont ensuite été déclinées en films ou séries. Mais sortir presque simultanément tous les tomes d’une saga romanesque représente un défi pour les maisons d’édition. «C’est un risque. Il faut laisser le temps à l’auteur de les écrire, et donc le payer, puis les imprimer sans savoir quel accueil le public va réserver au premier tome», souligne Frédéric Martin.

Une jeune maison d’édition, En Cavale, espère avoir trouvé une nouvelle façon de fidéliser le lecteur en lançant «Club», une série littéraire sous forme de feuilletons diffusée par courrier. Tous les quinze jours pendant trois mois, un nouvel épisode de 60 à 80 pages arrive dans la boîte aux lettres, pour un abonnement de 45 euros. La première histoire, Les Muses Malterre, est un «cosy crime», une enquête policière «à l’atmosphère feutrée, intime», selon l’éditeur.

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