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[Série] «Malcolm in the Middle» : la fin justifie les moyens


On doit le retour de «Malcolm» à Bryan Cranston, qui ne s'est jamais défait de Hal, son alter ego immature et frustré. (Photo : disney)

SÉRIE Vingt ans après la fin de Malcolm in the Middle, la série culte des années 2000 s’offre un retour sur Disney+. Si le monde a changé, l’équilibre familial est, lui, toujours aussi chaotique.

On aura bien remarqué, contrairement à ce qu’espérait sa mère, que Malcolm n’est pas devenu président des États-Unis. Bien qu’on ne doute pas de sa capacité à diriger le pays bien mieux que l’actuel vrai président, Malcolm est, comme ce dernier, impulsif, colérique, geignard et égoïste; l’une de leurs différences majeures est que l’un est un inoffensif personnage de fiction, surdoué de surcroît, quand l’autre est bien réel, bien dangereux et pas très futé. Vingt ans après l’épisode final de Malcolm in the Middle, diffusée à partir de 2000 et le long de sept saisons, l’Amérique a bien changé; ses héros pas tellement, du moins jusqu’à un certain point. Chassez le naturel, il revient au… chaos.

Après tout, cette grande famille américaine moyenne a évolué comme toutes les autres : on a vu Hal (Bryan Cranston) et Lois (Jane Kaczmarek) tenter d’élever tant bien que mal leur turbulente petite tribu, on les retrouve aujourd’hui profitant de leur retraite et débarrassés de leurs enfants, qui ont tous quitté le nid familial. On a vu leurs cinq fils – dans l’ordre : Francis, Reese, Malcolm, Dewey et Jamie – faire les quatre cents coups, rendre chèvre leurs parents et détruire à peu près tout ce qui pouvait être détruit dans la maison, on les retrouve casés, chacun vivant sa petite vie et tous rendant fiers leurs parents. Tous sauf… Malcolm, qui a coupé tout contact avec sa famille et a déménagé à deux heures d’avion pour (selon lui) se préserver de cet entourage dysfonctionnel dont la seule présence déclenche ses démons. La vie aurait continué ainsi si Lois, toujours aussi autoritaire, n’avait pas forcé sa «tête d’ampoule» de fils à être présent au quarantième anniversaire de mariage de ses parents – et découvert par la même occasion que Malcolm leur a caché l’existence de Leah, sa fille adolescente… qui possède les mêmes névroses que son père. Le jeu de massacre est annoncé, et il sera aussi loufoque qu’on l’aurait imaginé.

L’ovni et la norme

On remonte deux décennies plus tôt, au tournant des années 2000, à un moment où la sitcom familiale est un genre ultracodifié et à l’agonie. Full House (1987-1995) et Family Matters (1989-1998) commencent à compter les rediffusions, les audiences de 7th Heaven (1996-2007) et Everybody Loves Raymond (1996-2005) ont largement décliné et les chaînes payantes HBO et Showtime inventent le format «série» tel qu’on le connaît aujourd’hui : c’est dans ce climat que Malcolm déboule sans prévenir. L’esthétique «punkédélique», l’humour clownesque et acide à deux vitesses (selon qu’on le comprend enfant ou adulte), et le concept d’un narrateur – Malcolm, qui brise le quatrième mur – qui est tout aussi, sinon plus, déséquilibré que ceux qu’il pointe du doigt, font de la série créée par Linwood Boomer un vrai bijou de comédie. En même temps, voilà l’un des rares ovnis télévisuels qui ont repoussé les frontières de la marge – ou qui ont redéfini la norme, c’est selon.

S’il est vrai que Disney (qui possède Fox, diffuseur original de Malcolm, et qui sort ce bref «revival» sous la bannière de Hulu) aime tout transformer en suites et en sagas, on doit l’idée d’un retour à Bryan Cranston, qui ne s’était jamais défait de Hal, son alter ego immature et frustré. La preuve : pour l’ultime saison de Breaking Bad, l’interprète iconique de Walter White avait tourné, pour rire, une fin alternative dans laquelle il se réveille dans la peau du père de Malcolm, en sueur, racontant son rêve à Lois. Un rêve dans lequel il était ce prof de chimie, chauve et barbu, devenu un baron de la drogue surnommé Heisenberg… Sourire en coin, l’acteur a avoué avoir «soufflé l’idée» à Linwood Boomer d’un retour à l’écran de sa famille en or dès cette époque, avant de «le harceler» jusqu’à ce que le scénariste craque. L’intégralité du casting, qui rempile avec grand plaisir – à l’exception d’Erik Per Sullivan, qui a abandonné le métier d’acteur et se consacre à ses études : dans sa seule apparition, Dewey est joué par Caleb Ellsworth-Clark –, semble être du même avis que le patriarche.

Passage de névroses

Il y a bien un (nouveau) dénouement à Malcolm in the Middle, qui adviendra lors d’une explosive – au sens littéral – fête d’anniversaire de mariage, et encore avec une discussion à bâtons rompus entre Malcolm et sa mère. Les amoureux de la série apprécieront comme ils le voudront une intrigue qui, vingt ans plus tôt, aurait été ramassée en un seul épisode. Derrière les longueurs, il reste cependant une poignée de moments comiques qui méritent de figurer parmi les meilleurs que nous a offerts Hal (dont un épisode franchement… «trippant»). Et puis il y a un autre objectif en ligne de mire, celui de raconter la transmission des névroses d’une génération à l’autre, sans avoir aucune idée de s’en défaire. Leah, qui a tout hérité de son père (dont les adresses caméra), peut en témoigner : même en 2026, pour elle, la vie est injuste («life is unfair»)… De quoi donner assez de matière à Disney pour un spin-off?

Malcolm in the Middle : Life’s Still Unfair,
de Linwood Boomer. Disney+.

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