Un nouveau festival cherche à s’implanter au Luxembourg. Sa cible? La scène underground à tendance obscure. Son objectif? Créer une communauté pour les «outsiders». Découverte avant sa première édition ce vendredi au Melusina.
Yacko Stein, 40 ans et autant de tatouages, sait que si la musique fait l’homme, celle-ci est exigeante pour peu que l’on essaie d’en vivre. Ces dernières années, on l’a ainsi vu s’agiter sur scène et en dehors à la recherche de la bonne idée. Celle, alors, de participer en 2023 au tremplin des Francofolies d’Esch-sur-Alzette, en était-elle une judicieuse? Il préfère ne pas répondre, bien que son rire en dit beaucoup, comme ses dernières activités : son groupe, The X, a changé de nom et d’humeur. Si la chanteuse Sarah Kertz est toujours là, aujourd’hui, ils se font appeler Ultra World, changement doublé par la présence d’un batteur encagoulé. Finis, aussi, les festivals à l’étiquette «mainstream» comme celui du Gaalgebierg. Désormais, leur électronique furieuse et tapageuse se montrera là où elle s’exprime le mieux : dans les bas-fonds de l’underground.
C’est que depuis son QG situé dans les profondeurs de Bonnevoie, ou au cœur des concerts du centre-ville qu’il arpente, il a remarqué une chose : la scène nationale se transforme, alors que le décor derrière, lui, reste figé. «Au Luxembourg, la musique alternative s’est développée, commente-t-il. Il y a eu une phase avec des DJ et des rappeurs, mais ces dernières années, de nombreux artistes reviennent aux instruments, fondent des groupes, et osent!» Chef de file de cette mutation, Maz, dont le phrasé hip-hop s’entoure dès lors d’un univers fait de guitares lourdes, de cris cathartiques, d’esthétisme horrifique et d’emo à fleur de peau. «C’est l’exemple parfait!, bondit Yacko Stein. Il a ouvert la voie, a montré qu’un choix radical peut fonctionner auprès du public.»
Musique à partager en «communauté»
Dans son sillage, des musiciens et artistes sortent de l’ombre, au point de former un collectif embryonnaire réuni autour de constantes : celles d’apprécier le style gothique, de concocter des textes à teneur politique et de s’engager socialement, notamment sur les questions de santé mentale, de féminisme, de genre… Dans le lot, on pourrait citer les groupes Deep Dive Culture et Marciy, le guitariste Patrick Miranda (Pleasing) ou encore Blame Emeraude, découverte en 2024 à Metz au festival Please Me, qui semble en effet cocher toutes les cases. Elle se définit d’ailleurs comme «neurodivergente» (trouble de l'attention, autisme…). «J’ai toujours eu du mal à m'intégrer en société, confie-t-elle. En parler dans ma musique, ça a du sens! Et la partager sur scène, ça me permet de réunir et de m’entourer de personnes qui s’identifient à ce que je raconte.»
Entre outsiders, c’est nécessaire de créer du lien
C’est là tout le sens du 404 Fest, lancé ce vendredi au Melusina et qui se veut, dans une formule choc, être bien «plus qu’un festival». Son but, détaille son instigateur, est de créer une communauté articulée autour de qualificatifs forts, détaillés sur le site de la manifestation : «authentique», «indépendant», encourageant la «diversité» et la «liberté d’expression». Non pas que les représentants de cette vague «dark» ne trouvent pas de salles au pays où s’afficher (par exemple, Blame Emeraude confie avoir déjà joué aux Rotondes, à la Rockhal…), mais être ensemble, c’est aussi se sentir plus fort. Yacko Stein : «C’était le cas du metal et du punk dans les années 1980, et c’est le principe même d’une musique de niche : entre outsiders, c’est nécessaire de créer du lien».
Par extension, son initiative combat donc un mal moderne : l’individualisme. Celui qui guide les écoutes et les découvertes, la plupart du temps par l’entremise d’algorithmes, alors qu’un festival reste «la plus belle des expériences pour avoir des surprises musicales», confie-t-il. Celui, encore, qui place le spectateur dans la peau d’un consommateur qui, bière à la main, attend un retour à la hauteur de son investissement, sans y prendre part. «La plupart des gens restent trois week-ends sur quatre à la maison à mater la télévision, et se plaignent quand ils sortent qu’il n’y a rien à faire à Luxembourg. Mais être public, c’est faire communauté! Tout ne doit pas reposer seulement sur les épaules des groupes, des organisateurs, des salles… Chacun a son rôle à jouer, du simple curieux à celui qui fait des photos et les postent sur les réseaux… C’est du 50-50, et c’est comme ça que l’on ne fait qu’un.»
Petits publics, grands souvenirs
Blame Emeraude prend le relais, insistant un peu plus sur cette notion de communion. «Beaucoup de gens viennent me voir à la fin des concerts en me disant : "Je me suis reconnu dans tes textes, ça fait tellement de bien!"», raconte-t-elle, se souvenant de l’image de cette fille, devant la scène, qui l’a écoutée les «yeux brillants» et la «main posée sur le cœur». Une reconnaissance qui, selon elle, tient à sa volonté de «parler de choses qu'on n'entend peut-être pas souvent dans la musique dite grand public», ainsi qu’à son honnêteté. Sa «vulnérabilité», préfère-t-elle, qu’elle affichera au Melusina à travers les sombres élans d’une pop-rock industrielle, soutenue pour la première fois par un guitariste et un batteur.
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