La crainte d’une envolée des coûts de l’énergie avec la guerre au Moyen-Orient relance le débat, récurrent au sein des Etats-membres de l’UE et des industriels énergivores, concernant le marché de l’électricité en Europe, qui reste indexé sur les prix du gaz.
L’impact de la guerre sur les prix des hydrocarbures « confirme la nécessité d’accompagner encore plus l’électrification des procédés industriels », ont estimé les industriels français fortement consommateurs d’énergie, représentés par l’Uniden.
L’Europe entend réduire la dépendance de son économie au pétrole et au gaz, dont est friande l’industrie, et doit présenter en mai 2026 un plan pour accélérer l’électrification.
En France aussi, le gouvernement promet un plan « au printemps » pour développer voitures électriques, pompes à chaleur et fours électriques dans l’industrie
Dans ce cadre, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut a souligné la nécessité de cette bascule au moment où les incertitudes au Moyen-Orient « rappellent, avec brutalité, notre vulnérabilité face à la volatilité des marchés fossiles ».
Sauf qu' »en Europe, le prix de l’électricité reste largement déterminé par celui du gaz », rappelle Marc Sanchez, secrétaire général du Syndicat des Indépendants et des TPE, exposant boulangers ou artisans aux variations.
Le prix de l’électricité européenne est en effet déterminé par la dernière centrale utilisée pour satisfaire la demande à un moment donné. Quand cette demande augmente, ce sont souvent les centrales électriques alimentées au gaz, très flexibles, qui jouent ce rôle.
« Ce système peut conduire à renchérir l’électricité y compris dans des pays, comme la France, dont une grande partie de la production repose sur des sources décarbonées et compétitives », déplore le SDI.
Dépendance au gaz importé
Dans la foulée de l’envolée des prix de l’énergie en 2022 après la guerre en Ukraine, l’Europe a adopté en mai 2024 une réforme de son marché de l’électricité, après d’intenses débats entre professionnels, Etats membres et partis politiques.
L’un des objectifs était de protéger les prix de l’électricité de la volatilité des marchés dépendant des combustibles fossiles.
De fait, les prix actuels de l’électricité sur les marchés sont sans commune mesure avec ceux de 2022. A l’époque, de nombreux réacteurs français étaient arrêtés, mais aujourd’hui, « le nucléaire tourne bien » et « amortit l’exposition au gaz », commente sur LinkedIn l’expert Emeric de Vigan.
Reste que, au vu des dernières évolutions, « l’envolée du prix du gaz a eu une influence sur l’électricité française », observait Jean-Paul Aghetti, président d’Exeltium, qui achète de l’éléctricité pour de gros consommateurs français (Air Liquide, ArcelorMittal, Arkema, Suez…).
Et les prix de l’électricité dépendent davantage du gaz en Allemagne, Italie ou Autriche, qu’en France, en Espagne ou au Portugal, qui s’appuient tous trois sur une production d’électricité largement décarbonée (nucléaire et renouvelable).
« Même si l’Europe investit des milliards d’euros en énergie renouvelable bon marché, les consommateurs industriels payent encore souvent des prix corrélés au gaz », déplore l’organisation des producteurs d’acier européens, Eurofer, appelant à une nouvelle réforme.
A contrario, sept Etats membres, dont le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède, ont appelé dans un courrier à la Commission à ne pas toucher au marché de l’électricité sous sa forme actuelle.
Selon eux, ce sont des causes structurelles, notamment la dépendance européenne au « gaz importé et coûteux », et non la configuration du marché de l’électricité, qui surenchérit le coût de l’énergie en Europe par rapport aux Etats-Unis, à l’Asie ou au Moyen-Orient.
Avant le déclenchement de la guerre en Iran, plusieurs fédérations d’industriels très énergivores comme la chimie (Cefic), la métallurgie (European Metals) ou les carburants (FuelsEurope), avaient en tout cas fait du prix de l’énergie la clé de la réindustrialisation.
L’électrification « ne pourra se développer à grande échelle que si l’électricité est abordable et prévisible », disait Nicola Rega, directeur exécutif du Cefic pour le changement climatique et l’énergie.