La Conférence nationale des élèves (CNEL) s’oppose à une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. L’éducation à un usage responsable de ces plateformes est présentée comme une alternative.
S’il compte attendre une réglementation à l’échelle de l’UE, le gouvernement luxembourgeois n’exclut plus d’acter sur le plan national une interdiction d’utilisation des réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Fin janvier, une très large majorité de députés ont délivré un mandat aux ministres compétents pour avancer sur une telle restriction, déjà d’application en Australie et notamment entamée en France. Le Parlement européen demande, lui aussi, «une action ambitieuse pour protéger les mineurs en ligne».
Les principaux concernés voient d’un œil plus critique les plans émanant du camp politique. Après le Jugendrot, composé d’une large frange d’associations de jeunes, c’est au tour de la Conférence nationale des élèves de rejeter l’introduction d’une limite d’âge contraignant l’accès aux réseaux sociaux des moins de 16 ans. Un avis publié ce mercredi détaille l’argumentation de la CNEL.
La représentation des élèves «reconnaît que le développement des plateformes numériques entraîne de nouveaux défis pour les jeunes, les familles et le système scolaire». Par conséquent, il serait «légitime» et «nécessaire» de mieux protéger les jeunes. La CNEL se dit toutefois «convaincue qu’une interdiction générale ne constitue pas la réponse appropriée à cette problématique complexe».
L’attention est attirée sur le fait que les réseaux sociaux font aujourd’hui «partie intégrante de la vie sociale et de la culture informationnelle des jeunes». Les plateformes encourageraient ainsi l’échange, la créativité et la participation sociétale. La CNEL reconnaît que les élèves sont toutefois confrontés au quotidien à des «risques réels» : utilisation excessive, problèmes d’addiction, impact sur la santé mentale ou cyberharcèlement. «À cela s’ajoutent la désinformation et les fausses informations, qui se diffusent rapidement, ainsi que des algorithmes visant à maximiser l’attention et à renforcer des schémas d’usage problématiques», ajoute la CNEL. Elle mentionne aussi le «défi central» que constituent la protection des données et la gestion des données personnelles.
Les aspects positifs des réseaux exclus
Avec une interdiction d’accès généralisée, les difficultés seraient «simplement reportées dans le temps, sans que les jeunes apprennent à utiliser les médias numériques de manière responsable». De plus, les restrictions d’âge pourraient être contournées relativement facilement sur le plan technique.
La CNEL se demande en outre quels réseaux seraient concernés par une interdiction d’accès. Qu’en est-il des plateformes d’information et de vidéos ou des espaces collaboratifs en ligne? Une restriction d’âge «exclurait les aspects positifs de l’espace numérique».
La réponse aux risques que représentent les réseaux sociaux pour les mineurs d’âge ne devrait donc pas reposer sur une interdiction, mais sur un «ancrage systématique» de l’éducation aux médias dans le système scolaire. La CNEL revendique que les élèves apprennent à reconnaître la désinformation, à comprendre les algorithmes, à adopter un regard critique face aux contenus en ligne et à protéger consciemment leurs données personnelles. Les enseignants et parents devraient en parallèle se voir proposer offres d’information et de formation ciblées pour mieux accompagner les jeunes dans l’espace numérique.
Les responsables politiques sont invités à agir contre le «potentiel addictif» des plateformes et à les rendre «responsables des effets de leurs algorithmes et de leurs contenus».
En fin de compte, «exclure les jeunes des réseaux sociaux n’est pas synonyme de protection». La CNEL plaide pour une «approche durable» qui doit «viser à doter les jeunes des compétences dont ils ont besoin pour évoluer de manière critique, réfléchie et responsable dans l’espace numérique».