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[Football] Coincés en Ukraine, les frères Thill sont en train d’être exfiltrés en catastrophe


Dernière séance ukrainienne, mercredi, pour Olivier Thill. Tout allait encore bien... Photo : vorskla poltava

Olivier Thill et Vincent Thill, très difficilement joignables ces dernières heures, ont annoncé à leur famille que le Vorskla Poltava leur a intimé l’ordre, ainsi qu’à tous les joueurs de l’effectif, de préparer leurs valises dans l’urgence. L’invasion russe les force à quitter le pays le plus vite possible.

Tout était encore normal, mercredi. Le Vorskla Poltava a posté sur facebook une vidéo de ce qui sera sans doute son dernier entraînement avant très longtemps. Sur un gazon brun et sous un ciel extrêmement bas et gris, on voit Olivier Thill sourire à la caméra et faire le V de la victoire avant qu’au fil de la séance n’apparaisse Vincent, son frère, répéter ses gammes balle au pied. Une roulette qui montre qu’il est sur le chemin d’un retour à la compétition. Mardi, Luc Holtz avait eu ses joueurs au téléphone et au sélectionneur, Olivier avait «assuré sans l’ombre d’un doute que le championnat allait reprendre».

Sauf qu’il n’en sera rien. Ce matin, la fédération a annulé l’intégralité des compétitions au moment où Vladimir Poutine a donné l’ordre d’envahir l’Ukraine et de bombarder les aéroports et certaines villes, dont la capitale, Kiev. Il y a deux jours, Serge Thill, le paternel, avait eu ses fistons au téléphone et «tout était très calme». L’ancien international indiquait alors quand même que les aéroports étaient bouclés dans le sens des atterrissages et des décollages et que s’il fallait partir en catastrophe, il faudrait sans doute se résoudre à «faire quatre heures de route pour aller chez Sébastien, à Tiraspol».

«Ils vont devoir passer par des petites routes non bombardées, direction la Pologne»

La réalité est mille fois plus violente et inquiétante. Alors que se posait la question de savoir, il y a une semaine, si le Vorskla, en stage en Turquie, faisait bien de revenir sur le territoire, l’invasion de ce jeudi matin a plongé tout un pays dans l’horreur. Et un club dans l’obligation de protéger ses joueurs. Ce matin, Olivier et Vincent ont donc été réveillés par leurs dirigeants, affolés, qui leur ont intimé l’ordre de préparer dare-dare leurs affaires, qu’ils seraient exfiltrés en catastrophe dans la journée. C’est Serge Thill qui raconte cette situation de stress extrême, avec toute la pudeur requise : «La situation est très chaotique. On leur a dit « on vous aide à fuir, vous devez partir tout de suite. Prenez vos sacs et faites très vite ». Je viens d’avoir Olivier au téléphone. Il me dit qu’il n’y a plus d’essence, que les distributeurs d’argent sont coupés, que les routes sont saturées. Il n’y a plus d’avions, ils vont donc affréter un bus qui va passer par des petites routes non bombardées, direction la Pologne en passant par Lviv».

Selon les informations extrêmement rapides échangées entre les fils et le père, Vincent et Olivier vont être conduits, espérons-le sans encombres jusqu’à la frontière polonaise où ils devront s’arranger par leurs propres moyens pour trouver une solution afin de regagner le Luxembourg. «C’est très stressant, avoue Serge. Ils vont en avoir apparemment pour plus d’une dizaine d’heures de bus. Mais qu’est-ce qu’on peut faire d’autre à part attendre et espérer?». C’est ce que doivent se dire aussi les proches d’Enes Mahmutovic, que nous ne sommes pas parvenu à joindre.

La FLF suit la situation de très près

À Mondercange, la FLF pense à ses joueurs et le sélectionneur les attend déjà pour les prendre en charge sportivement : «Dès qu’ils arriveront, on mettra quelque chose en place pour eux, pour les soutenir. Là où il y a une volonté, il y a une solution». Mais qui sait quand ils pourront retoucher un ballon?

En début d’après-midi, Luc Holtz, inquiet, est quand même parvenu à joindre chacun de ses joueurs, qui l’ont rassuré. «Ils vont tous bien», souffle le sélectionneur des Roud Léiwen. «Mais ils sont tous en train de chercher un moyen de quitter le pays et ce n’est pas facile».

Julien Mollereau

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