Vainqueur de trois tournois du Grand Chelem, Stan Wawrinka a quitté mardi le circuit à 41 ans avec la fierté d’avoir capté un peu de lumière dans l’ombre de trois géants, Novak Djokovic, Rafael Nadal et surtout Roger Federer, son illustre compatriote suisse.
Un succès tardif
Dans sa jeunesse, Wawrinka n’était pas considéré comme un surdoué, au contraire de Federer. En dépit d’un titre à Roland-Garros en juniors, il a mis beaucoup de temps avant d’obtenir des résultats: son premier quart de finale en Grand Chelem n’est arrivé qu’à sa sixième saison professionnelle, sa première demie à sa neuvième saison et sa première finale (la bonne d’emblée) à sa 36e participation à un tournoi du Grand Chelem, à presque 29 ans.
«Mon talent a été de bosser. Jusqu’à mes seize ans, il n’y a pas eu un mec qui est venu me dire: toi, tu vas être un bon joueur», expliquait-il. À force de travail, ce droitier s’est doté d’un solide jeu de fond de court particulièrement adapté à la terre battue — il a gagné son seul Masters 1000 sur la terre de Monte Carlo, en 2014 –.
Ses forces: un magnifique revers à une main, une première balle de service redoutable malgré sa taille modeste (1,83 m) et un physique puissant. On l’appelait «Stanimal» ou encore «le Bison».
«Stan a été entre la dixième et la vingtième place mondiale pendant longtemps», rappelle l’ex-N.6 mondial Gilles Simon. «Mais il a réussi à ne pas rester bloqué, à se hisser à un autre niveau et à gagner ses premiers Grand Chelem» aux alentours de la trentaine, une performance rare.
Inévitablement, la question de ses relations avec Federer a alimenté les discussions. Les deux hommes n’ont jamais été en conflit ouvert, Wawrinka ne se cachant pas d’avoir souvent sollicité les conseils de son aîné de quatre ans au début de sa carrière. Il a aussi bien évoqué «l’aura protectrice» du grand champion que la difficulté de devoir «mener une rivalité impossible (…) avec le plus grand génie de tous les temps».
«Le Suisse qui perd»
Longtemps, Wawrinka a été «le Suisse qui perd». Et même si sa victoire à l’Open d’Australie a fait provisoirement de lui le N.1 national au classement ATP, la hiérarchie n’a jamais fondamentalement changé: «Pour moi, je suis toujours N.2. C’est le meilleur joueur de l’histoire. Il n’y a pas de comparaison possible.»
Les bisbilles n’ont pas manqué, notamment à propos de la Coupe Davis: en substance, Wawrinka regrettait l’intermittence de l’engagement de son leader. La plus médiatisée a eu pour cadre la demi-finale du Masters, en 2014. Agacé, Wawrinka avait reproché en plein match à l’épouse de Federer, Mirka, de le perturber au moment du service. Ces difficultés n’ont pas empêché les deux hommes de coopérer fructueusement. En 2008, ils avaient gagné la médaille d’or du double aux Jeux olympiques de Pékin. Et dix jours après l’accrochage du Masters, ils remportaient la Coupe Davis à Lille, devant 27.000 spectateurs, contre les Français.
L’ambiance d’après-match avait été acrimonieuse entre Wawrinka, vainqueur d’un point crucial contre Jo-Wilfried Tsonga, et certains de ses adversaires. Peut-être parce que la défaite soulignait les échecs individuels des Bleus, bredouilles en Grand Chelem depuis 1983, par rapport au Vaudois. Pour Gilles Simon, «Stan n’était pas plus fort que nous à la base. Mais lui a réussi à faire sauter les verrous, à aller chercher les derniers paliers d’évolution pour aller gagner des grands titres».