Salué de toutes parts, l’avant-centre du Bayern Munich mérite son titre. Mais la presse européenne aurait dit exactement la même chose de Mbappé, Yamal, Dembélé ou Olise. Le récit aurait juste été différent. Et ça change tout.
Ce n’est pas une information : le Ballon d’or, en 2026, semblait encore vouloir répondre à la même logique de commercialisation un peu crasseuse et de moins en moins romantique, un peu méprisable aussi et énormément dévoyée que celle qui régit, par exemple, les Oscars. Les joueurs, leurs clubs, sont en campagne depuis des semaines. Pour eux, cette distinction est un label, un argument de vente. Il faut l’avoir.
Bref, c’est un sacré cinéma et on en aurait eu encore la preuve, lundi soir entre tapis rouge, costards et grincements de dents, si la presse spécialisée, celle qui vote, n’avait pas eu un réflexe salvateur : refiler le trophée à un bon gars.
Il semblerait qu’en cette année où jamais le titre n’a été aussi disputé, les journalistes européens aient voulu surtout envoyer un message salutaire à ce petit monde trop occupé à se regarder le nombril. C’était facile : il suffisait de faire la nique à toutes ces superstars hypermédiatiques et boursouflées d’importance, en élisant l’humble et travailleur Harry Kane, aux statistiques phénoménales, mais à la parole légère. Une élection un peu politique, alors?
Même si l’Anglais devance de justesse Kylian Mbappé et que les Espagnols ont involontairement mangé toutes les chances de Yamal en dispersant les voix «dues» à leur titre de champions du monde, il ne viendrait à personne l’idée de critiquer cette attribution qui met fin à un quart de siècle d’attente pour l’Angleterre, dont le dernier Ballon d’or remonte à Michael Owen, en 2001. Car ce ne sont pas les mérites de ce buteur-quaterback qui sont en cause, mais le fait qu’ils s’effacent derrière une logique qui a conduit à son élection. Du genre «sacrons le gentil garçon plutôt que les enfants trop gâtés». Avec le boulard que se trimballent Mbappé et Yamal, c’était presque trop facile.
Buts… humilité et discrétion? Ça suffit?
Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer le champ lexical des médias anglais, au lendemain de cette élection, et que recensent nos confrères de L’Équipe. Le Guardian, qu’on ne saurait suspecter d’être partisan, écrit que «surtout, (Kane) a fait preuve d’une humilité remarquable en tant que superstar». Le Daily Mail? «Le moment a démontré que le football est capable de décerner les plus hautes distinctions à des hommes comme lui, qui n’ont pas recherché la gloire, ni la controverse, ni abusé de leur célébrité, ni engagé d’artistes atteints de nanisme pour fêter ses 18 ans, comme Lamine Yamal, mais qui se sont consacrés à une carrière d’excellence discrète. La victoire de Kane est celle d’un joueur qui a toujours fait les choses correctement, d’un joueur qui n’est pas d’un narcissisme exubérant comme Cristiano Ronaldo, d’un joueur qui incarne le professionnalisme exemplaire.»
Les médias espagnols, bien entendu, ne sont pas d’accord. Mais leur déception leur fait prendre un contrepied biaisé en se rangeant résolument et sans la moindre restriction derrière leur nouveau champion, Lamine Yamal. Qui a traversé très anonymement le Mondial pour un joueur de son envergure et n’a pas été capable de porter le Barça plus haut que les quarts de finale.
On peut admettre qu’il soit le joueur le plus excitant du moment, mais ce n’est pas ce qu’est censé célébrer le Ballon d’or. Ou Yamal sera sacré ces dix prochaines années sans qu’on n’ait besoin d’en discuter. Mais le Ballon d’or n’est pas censé non plus consacrer, d’ailleurs, l’humilité qui sort du lot d’un Harry Kane et que vante pourtant tout le monde, bien avant son empilement de buts… qui ne lui a pas permis de gagner grand-chose. Si bien qu’il semble qu’on ait de nouveau perdu la logique du prix.
Mais bon sang, pourquoi pas Ruiz?
Phagocyté pendant une décennie par le duo Messi-Cristiano Ronaldo au motif qu’ils étaient «les meilleurs au monde» (même quand, par exemple, Franck Ribéry avait absolument tout gagné et mis l’Europe à ses pieds en 2013), le Ballon d’or va-t-il se perdre dans une nouvelle ère?
À l’idolâtrie aveugle ayant prévalu entre 2008 et 2017 pourrait ainsi succéder la volonté absolue de rechercher systématiquement un élu irréprochable, propre sur lui et qui vaille autant par ses atours de respectabilité que par ses mérites sportifs.
Certes, ceux d’Harry Kane sont grands. Mais si l’Europe avait voulu rompre avec sa fascination de la statistique juste pour le plaisir de dire que le Ballon d’or ne doit pas sacrer que le palmarès, n’aurait-elle pas dû se tourner vers quelqu’un d’autre? Quelqu’un qui, justement, a un palmarès mais pas que. Vers un joueur absolument essentiel au jeu fascinant du Paris Saint-Germain tout autant qu’à la machine remarquable de la Roja espagnole, le très discret mais énormissime Fabian Ruiz?
Ce dernier a terminé 10e malgré une année époustouflante dans le jeu comme le palmarès. Et c’est peut-être ça, le vrai scandale de ce 70e Ballon d’or.
Et pendant ce temps, Mbappé fait polémique en Chine
La superstar française a présenté «ses excuses» après avoir fait face à une levée de boucliers et l’annulation de contrats publicitaires en Chine à la suite de la diffusion en ligne d’une vidéo dans laquelle il semble plaisanter à propos de l’ancien dirigeant historique Mao Zedong, après qu’un mème l’a représenté morphé sur le corps de l’ancien dirigeant chinois. La diffusion de la Liga espagnole aurait d’ailleurs été suspendue en Chine, suite à ce début de polémique.