[Mondial-2026] La cohabitation en équipe d’Angleterre entre Thomas Tuchel et son milieu Jude Bellingham a fait quelques étincelles très commentées, avant la demi-finale contre l’Argentine mercredi.
La mèche a été allumée par une interview d’après-match du sélectionneur de l’Angleterre Thomas Tuchel, «pas satisfait» de la «qualité» affichée contre la Norvège (2-1 a.p.) par les Three Lions, samedi. «On a joué de manière brouillonne, trop prudente, pas assez rapide, pas assez efficace», a listé l’intransigeant Allemand à sa manière, honnête et abrupte. Était-ce un simple rappel des hautes exigences fixées par l’entraîneur, auxquelles les joueurs semblent adhérer?
«Peut-être. Ou peut-être qu’il ne sait pas ce que c’est que de jouer dans ces conditions face à Haaland, Odegaard, Nusa et Sorloth», a répliqué le double buteur du jour, Jude Bellingham. Du haut de ses 23 ans, le milieu offensif du Real Madrid s’est permis ce tacle glissé à l’endroit de Tuchel, entraîneur à succès (Dortmund, PSG, Chelsea, Bayern) certes, mais à la carrière de joueur bien plus modeste, rapidement interrompue par les blessures.
Saine émulation ou jeu risqué?
Cette partie de ping-pong médiatique s’inscrit dans une relation mal-née entre ces deux compétiteurs acharnés. En début de mandat, Tuchel a douté de l’altruisme du n°10 et il a évoqué son tempérament fougueux avec maladresse, s’excusant après coup d’avoir utilisé le mot «répugnant».
«La stratégie délibérée de Tuchel a consisté à privilégier davantage le bâton que la carotte avec son joueur phare, afin d’essayer de le transformer en un joueur toujours meilleur», a défendu Sky Sports, en décrivant comme «positif, sain», ce nouveau pic de tension.
C’est aussi l’avis exprimé à l’antenne par Gary Neville, ancien joueur emblématique de Manchester United sous Alex Ferguson. À l’époque, «il y avait de fortes personnalités, des ego énormes, et un entraîneur qui, pour être honnête, était un compétiteur féroce, tenace, incroyable. Parfois ça finit par exploser, mais ce n’est pas un problème.»
Le quotidien britannique The Guardian, lui, a comparé l’échange entre Tuchel et Bellingham à un renvoi de «grenade«», un jeu risqué. «Le dernier épisode de Thomas contre Jude n’a pas besoin de virer au spectacle, et l’équipe ne peut pas se permettre d’être distraite à l’approche de la demi-finale de Coupe du monde.»
Kane défend Bellingham… et Tuchel
Pourtant, il est clair que la réponse acide de Bellingham à son sélectionneur a alimenté la machine à débats, en Angleterre et jusqu’à Kansas City, où les Three Lions ont préparé leur duel contre l’Argentine. En bon capitaine, le toujours très mesuré Harry Kane a sorti la lance à incendie devant la caméra de la BBC, lundi. Il a remis dans le contexte l’entretien réalisé par son coéquipier, venu «cinq minutes après le coup de sifflet final», après une «bataille» épuisante contre la Norvège.
Et ce, sans savoir «vraiment ce qui avait été dit. Qu’est-ce que vous voulez que Jude réponde?» «C’est facile d’essayer de créer de la division; ça semble être une spécialité anglaise lors de ces grandes compétitions», a relevé le buteur du Bayern Munich, offensif. «Mais c’est tout l’inverse. Le groupe en est là où il est grâce à notre unité totale; pas seulement les joueurs, mais aussi le coach et le staff», a-t-il assuré.
Véritable diplomate, il n’a pas non plus manqué d’applaudir la spontanéité et la franchise du sélectionneur : «Quand il parle, ce n’est jamais préparé à l’avance. Quand ça vient naturellement, tu y crois, tu crois en ce qu’il dit, tu crois en son approche. C’est l’un des meilleurs entraîneurs du monde.» Une chose est sûre : Tuchel et Bellingham sont à un match d’offrir à l’Angleterre une finale de Coupe du monde, la deuxième seulement après celle remportée en 1966 sous Alf Ramsey.