Si le peloton a accueilli comme une bénédiction les quelques gouttes mercredi, les journées passées dans la fournaise ont éreinté les organismes.
«Vous pouvez faire tout le heat training que vous voulez, quand vous êtes en course et que vous faites face à une semaine de très fortes chaleurs, qu’il fait chaque jour plus chaud, c’est très difficile», souligne Mattia Michelusi, responsable de la performance chez Cofidis. Le premier objectif est de gérer la fatigue provoquée par la chaleur: «C’est le mec qui n’arrive pas à produire ses watts (…), qui arrive à l’arrivée et qui est rincé», décrit Samuel Maraffi, médecin référent chez TotalEnergies.
Le second est d’éviter à tout prix le coup de chaud lié à l’effort ou «heat stroke»: «c’est vraiment le coup de chaleur d’effort, (…) on peut l’avoir même quand il ne fait pas chaud», affirme Florence Pommerie.
«C’est quand il commence à faire des malaises, à être tout pâle, voire tombe dans les pommes», complète Samuel Maraffi. «Ça arrive quand la température est très haute et que le corps ne parvient pas à expulser cette chaleur, on veut vraiment l’éviter donc on met en place toutes les stratégies possibles pour rafraîchir le corps» avant, pendant et après les étapes, affirme Mattia Michelusi.
Les encadrements ont beau tout mettre en œuvre, du bidon glacé en course au matelas réfrigérant la nuit, l’accumulation de journées brûlantes finit forcément par peser.
«Quand vous faites un heat training normal, ça dure environ une heure sur des rouleaux à haute température, mais ici, les coureurs vivent quatre, cinq heures de course sous une chaleur extrême, donc ils perdent énormément d’eau, et si ça dure plusieurs jours d’affilée, c’est presque impossible de remplacer l’eau qu’on perd, et ça rend le coup de chaud plus probable», raconte Michelusi.
Risque immunitaire
Avec sa vision globale, le Dr Pommerie constate que les protocoles sont toutefois à la hauteur. «Leurs médecins le savaient à l’avance, on les mouille beaucoup pour qu’avec le vent, ça évapore, ça a été plutôt bien pris en charge, mais il n’empêche que les corps ont bien souffert», juge-t-elle. Et lorsque l’organisme est poussé à bout par les températures caniculaires répétées, d’autres dégâts sur la santé se font sentir.
À la dépense colossale d’énergie pour lutter contre la chaleur peut venir s’ajouter «un impact énorme sur leur système digestif» avec des symptômes marqués qui fait que les coureurs «absorbent moins bien ce qu’ils mangent», selon Samuel Maraffi.
Le médecin de l’équipe française souligne aussi «l’impact sur le sommeil». «Ils ont du mal à dormir le soir parce que ça les fatigue plus, (…) donc il y a un gros impact sur la récupération».
Et comme lors des périodes de grand froid, les coureurs sont secoués par la fatigue et donc plus exposés aux virus : «En temps normal, le système immunitaire ne récupère jamais complètement, donc, il y a des susceptibilités aux infections, et la chaleur, elle potentialise un peu ça», affirme Samuel Maraffi.