LUXEMBOURG Nouvel incident au commissariat de la gare : Gilberto prétend avoir reçu des coups avant son placement en cellule. Il aurait aussi été réveillé au son d’une trompette à son oreille.
Un procès pour violences policières qui s’est tenu ces deux dernières semaines a levé le voile sur certaines méthodes musclées des équipes du commissariat de police de la gare. Un troisième volet de ce procès avait lieu ce vendredi. Il concernait également des violences de la part de deux policiers. Gilberto accuse Frank de lui avoir brisé la dixième côte gauche en lui assénant un coup de pied alors qu’il était au sol et André de lui avoir pincé les lèvres.
Les policiers contestent les accusations. «Je ne comprends pas pourquoi il m’accuse», s’étonne Frank. Son collègue André, impliqué dans les trois affaires, aurait réveillé la victime présumée à l’aide d’une trompette. André nie. «Comment Gilberto pouvait-il savoir que vous aviez une trompette?», lui demande le président de la 12e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Le policier nie également les coups et blessures. «Ces deux dernières semaines, nous avons vu que les clients du quartier nous haïssaient», répond le policier qui avance l’hypothèse d’une vengeance.
Le médecin qui avait examiné Gilberto n’avait pas constaté de blessures. Ce n’est qu’une fois en cellule de dégrisement que les douleurs se seraient manifestées. André avance que la victime présumée a pu être blessée la veille lors d’une rixe et que la douleur a pu être anesthésiée par sa consommation de stupéfiants et d’alcool. Gilberto, lui, prétend avoir entendu sa côte craquer.
Les faits remontent à l’après-midi du 18 mai 2023. Gilberto était impliqué dans une rixe rue de Reims avec trois autres personnes. Frank devait le transporter en cellule de dégrisement au Verlorenkost. La veille, une bagarre avait éclaté au café Relax. Alcides, le frère de Gilberto, aurait giflé un des agents de police qui l’interpellaient, selon André. Gilberto aurait tenté de libérer son frère. Tom, un des prévenus dans la première affaire de violences policières, l’aurait immobilisé.
Pas de blessures constatées
Le jour des faits reprochés, le 18, Gilberto aurait refusé de se faire examiner par un médecin comme le veut la procédure avant un placement en cellule, témoigne le policier qui l’a interpellé. Il l’avait déjà été la veille. Le médecin a certifié ne pas avoir constaté de blessures apparentes.
Gilberto était un habitué du commissariat. En six ans, il avait été vu à treize reprises par un médecin en particulier avant son placement en cellule de dégrisement. «D’autres individus du quartier posaient plus de problèmes que lui», reconnaît Frank. «Il avait des moments calmes, mais quand il avait bu de l’alcool, il devenait nerveux.»
À la barre, Gilberto réitère ses accusations. Il prétend ne pas avoir été mêlé à la rixe, mais avoir tout de même été embarqué. «Frank m’a maintenu contre un mur. Il voulait que je lui confirme que j’avais frappé leur collègue la veille», rapporte l’homme de 47 ans avant de dénoncer une pluie de coups de toutes parts assénés par les «quatre ou cinq policiers présents». «Je suis resté calme du début à la fin.»
Placé en cellule, Gilberto aurait ressenti des problèmes de respiration et une douleur intense. La victime présumée s’exprime calmement. Il aurait été violenté après avoir été vu par le médecin. «Êtes-vous certain de nous dire la vérité?», veut savoir le juge pour écarter la piste du règlement de compte de sa part en raison des événements de la veille. Le magistrat est convaincu qu’une des deux parties au procès ne dit pas la vérité.
L’audience a dû être interrompue faute de temps. L’affaire reprendra mercredi après-midi.
Une partie des policiers impliqués dans l’affaire des violences policières a également été entendue ce jeudi dans le cadre de la découverte de vidéos les montrant lors d’interpellations peu orthodoxes. Une première concerne Rick, effectuant un croche-pied à un homme qu’il venait de prendre en flagrant délit de vol dans une station-service de Hollerich. L’arrestation musclée n’aurait pas été justifiée étant donné que le voleur présumé ne se serait pas montré violent ou agressif. Elle n’a pas fait l’objet d’un PV. Une deuxième vidéo montre deux agents poussant un individu sur une planche à roulettes pour déplacer des éléments lourds. L’homme était allongé et menotté dans le dos. Un des agents a expliqué sortir d’une opération du dos et sa collègue n’aurait pas été assez forte pour porter seule l’homme complètement ivre jusqu’à la cellule de dégrisement. Une collègue avait filmé la scène. Une troisième vidéo montre un autre policier soulevant un individu interpellé fluet comme des haltères plusieurs fois du sol. Autour, tout le monde rit. Ces deux vidéos ont ensuite été partagées et commentées entre collègues. Le parquet a requis des peines d’un an de prison contre le policier qui a traîné l’homme sur la planche et deux ans à l’encontre de ses deux autres collègues. Elle a également requis des amendes à leur encontre.