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Affaire Saïd : la fin se profile


Des agents de police attendaient Saïd pour l’emmener en prison en cas de décision de la chambre du conseil.

Vendredi devait être le dernier jour de l’affaire Saïd. Devait. Une décision du parquet a rallongé les débats et empêché la défense du prévenu de boucler sa plaidoirie.

Dernier rebondissement en date dans l’affaire Saïd : le parquet a requis l’incarcération du prévenu à l’issue de l’audience, estimant qu’il avait brisé les conditions de sa remise en liberté en s’approchant de sa présumée victime alors qu’il n’en avait pas le droit. Pour la première fois depuis le début de cette affaire, le prévenu n’apparaît plus du tout serein. Sur le banc des prévenus, le trentenaire s’agite. Trois policiers étaient assis dans la salle d’audience, prêts à l’emmener. Un retour à la case prison pourrait avoir de lourdes conséquences sur la peine encourue.

La 13e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg, après s’être réunie en chambre du conseil, a réservé sa décision quant à la modification des conditions de la remise en liberté de Saïd à mercredi après-midi prochain. Le procès-fleuve, initialement prévu sur deux semaines, entrera alors dans sa cinquième semaine et devrait logiquement se clôturer.

Afin de pouvoir affiner sa décision, la chambre criminelle avait convoqué vendredi matin, le greffier du curateur de la faillite de la société immobilière et de construction de Saïd. Il a rapporté les circonstances de la descente sur les lieux de l’ancienne entreprise du prévenu et du restaurant de sa victime présumée – également son domicile – la semaine passée. Saïd et son ami entrepreneur qui apparaît en filigrane depuis le début du procès, l’y avaient accompagné.

À la barre, le greffier a confirmé les propos du curateur, déjà entendu mercredi, et a évoqué «un petit conflit avec Jiaoli» qui aurait refusé que l’entrepreneur qui cornaque Saïd, s’approche des lieux. «On prétend que l’entrepreneur a voulu transmettre un message du prévenu à la victime présumée», explique Me Penning qui cherche à comprendre si l’homme s’est montré menaçant envers elle. Le greffier ne peut pas le confirmer. La jeune femme a porté plainte à la police quelques jours plus tard.

«Jiaoli est malhonnête»

Vendredi devait être le dernier jour de ce procès à rallonge. Il n’en est rien. La plaidoirie de la défense devait avoir lieu et l’affaire devait se clôturer pour laisser place aux délibérations. L’ordre a été une nouvelle fois quelque peu bousculé. Après une suspension d’audience afin de laisser place à une chambre du conseil, Me Hellinckx, un des deux avocats de Saïd, a pu entamer ses plaidoiries.

Comme depuis le début de l’affaire, il a remis en doute la crédibilité de la victime présumée en indiquant qu’«on a donné une fausse image de Saïd» et que «des mensonges ont été proférés à son encontre». Point par point, infraction après infraction, il a commencé à pointer des incohérences dans les affirmations de la victime présumée ou une absence de preuves qui pourraient profiter au prévenu. En ce qui concerne les accusations de coups et blessures ainsi que les menaces verbales, l’avocat estime que rien ne permet de confirmer la réalité des faits.

«Il ne s’agit que de pures allégations. Il n’y a ni preuves ni témoin», précise-t-il. De même, il n’existerait pas de lien de causalité entre la surdité irréversible des sons aigus, ses problèmes de vertèbres ou son stress post-traumatique et les coups reçus. L’avocat a plaidé l’acquittement de son client pour cette dizaine d’infractions et demandé au tribunal de ne pas retenir les circonstances aggravantes qui y sont liées.

«Prélever de l’argent ne démontre pas ce que l’on fait avec cet argent», a noté l’avocat avant de souligner que les premiers prélèvements d’argent ont lieu au début de leur relation bien avant les coups. «Jiaoli est malhonnête», estime-t-il. «Sans preuve de coups et blessures, il ne peut y avoir d’extorsion.» Pas plus que d’abus de faiblesse.

Me Hellinckx défend le prévenu coûte que coûte et ne cède pas face aux observations que la présidente oppose à ses arguments. Il avance les versions changeantes de l’ancienne secrétaire de l’entreprise à la police et face aux juges ou encore des travaux supplémentaires effectués par Saïd dans les appartements de Jiaoli qui justifient certains versements à une époque où la victime présumée disait devoir lui verser de l’argent sous la contrainte et la menace. Tant et si bien que la restauratrice dira avoir fui, exsangue et terrorisée, en Chine pour échapper au prévenu et préserver sa famille.

Une version des faits remise en cause par la défense qui veut éviter à son client de passer des années derrière les barreaux – le parquet a requis 12 ans mercredi – et de devoir payer des sommes faramineuses à la partie civile qui réclame 1,5 million d’euros.

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