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Une île stratégique capturée par les Houthis


Le détroit et un lieu de passage du commerce mondial. (Photo : afp)

La situation dans le détroit de Bab el-Mandeb se complique. Un blocage en direction de la mer Rouge et du canal de Suez se profile.

Les Houthis, combattants yéménites pro-iraniens, se sont emparés vendredi d’une île située au cœur du détroit de Bab el-Mandeb, a indiqué un responsable gouvernemental affirmant qu’ils avaient pris le contrôle du secteur, passage stratégique reliant l’Europe à l’Asie. Avec la guerre au Moyen-Orient, qui a vu le verrouillage par l’Iran d’Ormuz, autre détroit clé, l’importance de Bab el-Mandeb s’est accrue pour la navigation maritime internationale, notamment pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut.

L’avancée des Houthis vers ce détroit cette semaine ainsi que les frappes américaines et iraniennes dans les eaux du Golfe ont fait flamber les cours du pétrole ces derniers jours : le baril de Brent, référence internationale, a franchi le seuil symbolique des 100 dollars, s’établissant vendredi autour de 106 dollars.

«Des bateaux transportant des combattants houthis armés sont arrivés sur l’île de Mayyoun (NDLR : connue aussi sous le nom de Périm) après le retrait des forces gouvernementales hier», a déclaré le responsable gouvernemental, en référence à l’île qui divise le détroit en deux couloirs maritimes.

Frappes saoudiennes

S’exprimant sous couvert d’anonymat, il a indiqué que les Houthis, qui ont lancé une vaste offensive la semaine dernière contre les forces gouvernementales soutenues par Riyad, avaient «achevé leur prise de contrôle de la zone de Bab el-Mandeb et de l’île de Mayyoun».

Les combattants, qui avaient pris le contrôle jeudi de l’île de Zuqar, plus au nord, encerclaient vendredi celles de Petite et Grande Hanich, juste au sud de Zuqar, où ils ont demandé aux forces gouvernementales de se rendre, selon des sources militaires. Un témoin a indiqué que des hommes armés «se déployaient le long de la côte de Bab el-Mandeb, circulant à bord de véhicules militaires».

Les pétroliers et navires commerciaux venant d’Asie empruntent le détroit de Bab el-Mandeb pour rallier la mer Rouge puis le canal de Suez et la Méditerranée, et en sens inverse vers l’océan Indien. En cas de blocage du détroit, la seule alternative, beaucoup plus longue et coûteuse, est de contourner l’Afrique par le sud et le cap de Bonne-Espérance. Les Houthis, qui contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa et Hodeida (ouest), s’étaient emparés jeudi de Mokha, ville portuaire située à 70 kilomètres au nord du détroit. Leur chaîne de télévision Almasira a fait état vendredi de «deux frappes» saoudiennes sur l’aéroport de Mokha.

Après des années d’accalmie, le Yémen a replongé dans la guerre en juillet, entraîné dans le conflit régional déclenché fin février par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran. Les Houthis avaient annoncé dans la foulée un blocus maritime de l’Arabie saoudite, pour qui le détroit de Bab el-Mandeb est devenu une voie de contournement vitale depuis le verrouillage du détroit d’Ormuz. Ils ont également visé des navires pétroliers ainsi que des infrastructures du royaume, notamment une raffinerie. Les Houthis ont cependant démenti vouloir fermer Bab el-Mandeb ou imposer des droits de passage.

Les affrontements au Yémen depuis la semaine dernière ont fait des centaines de morts dans les deux camps, principalement des combattants, et jeté sur les routes près de 46 000 personnes, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Les Houthis ont également lancé une vaste attaque cette semaine contre l’Arabie saoudite, tirant notamment mercredi plusieurs missiles balistiques et drones vers des villes du sud du pays voisin.

Une image du programme européen Copernicus montrait vendredi une épaisse fumée noire s’élevant au-dessus du désert dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite.

«Je pense que les Saoudiens ont tout essayé pour éviter cette guerre, mais je ne pense pas qu’ils aient encore le choix à ce stade», a déclaré Farea Al-Muslimi, chercheur associé au sein du centre de réflexion Chatham House.

Selon le média américain Axios, citant des responsables américains, le président américain Donald Trump aurait refusé d’ordonner des frappes contre les Houthis au Yémen, suite à une demande de Riyad.

La situation au Yémen a fait l’objet d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU jeudi. L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a réclamé un «engagement actif» de cette instance «pour s’éloigner de ce qui pourrait être le précipice vers un conflit bien plus dangereux».

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