Dans un pays où l’IVG est particulièrement encadrée, des féministes tentent de trouver des solutions pour rendre l’accès à l’avortement plus simple.
Des militantes polonaises ont ouvert le tout premier casier à pilules abortives du pays, permettant aux femmes d’y accéder anonymement et immédiatement, dans un pays où la législation sur l’IVG compte parmi les plus strictes en Europe, une des activistes. Le petit casier rose, que les militantes appellent un «abortomat», se compose de 22 compartiments contenant des enveloppes avec des médicaments permettant de pratiquer des avortements médicamenteux.
«C’est une intervention féministe destinée à montrer à quel point tout est sens dessus dessous» en Pologne, explique Kinga Jelinska, directrice de la fondation Women Help Women et cofondatrice de l’Abortion Dream Team. «Nous cherchons sans arrêt des solutions pour rendre l’accès à l’avortement plus simple — plus accessible, plus chaleureux, centré davantage sur les personnes», dit-elle.
L’abortomat se trouve à l’intérieur d’un centre d’aide à l’avortement créé par les militantes il y a plus d’un an dans un emplacement symbolique – juste en face du parlement polonais, qui n’a pas tenu ses promesses d’assouplir la stricte législation. Plutôt qu’une clinique médicale classique, le centre offre aux femmes un accès à des ressources, notamment des pilules abortives, ainsi qu’un espace où elles peuvent demander du soutien ou pratiquer l’avortement pharmacologique.
En Pologne, l’avortement n’est légal que dans deux cas: lorsque la grossesse résulte d’un acte criminel — tel que le viol ou l’inceste —, et en cas de menace pour la vie ou la santé de la mère. En 2020, le Tribunal constitutionnel a décidé que les graves anomalies fœtales ne pouvaient pas constituer un motif légal d’avortement. Avant cette décision, 98% des avortements légaux en Pologne étaient pratiqués pour cette raison.
Faille juridique
Ces restrictions ont déclenché une vague de protestations dans tout le pays, considérées comme les plus grandes manifestations de masse en Pologne depuis le mouvement anticommuniste de 1989. Au cours du premier semestre 2025, seulement 846 avortements légaux ont eu lieu en Pologne, selon des données du Fonds national de santé (NFZ) et du Comité des ministres du Conseil de l’Europe.
Plusieurs femmes enceintes sont décédées dans des hôpitaux polonais ces dernières années, souvent suite au refus de médecins de pratiquer un avortement malgré des complications, notamment des septicémies. Cependant, aucune loi ne pénalise les femmes si elles pratiquent elles-mêmes leur avortement, par exemple avec des pilules commandées en ligne. Il s’agit d’une faille juridique qui, selon les militantes, leur permet de maintenir le centre en activité. «L’abortomat est, en quelque sorte, un subterfuge face à la loi», déclare Kinga Jelinska.
L’assistance à l’avortement reste passible de jusqu’à trois ans de prison. Aussi, «les pilules sont délivrées par une machine gérée par une organisation située en dehors de la Pologne» Women Help Women, ajoute-t-elle, afin d’éviter que quiconque ne soit pénalisé.
La création du centre d’avortement suscite des protestations de la part de groupes conservateurs catholiques. La coalition centriste au pouvoir avait promis, avant son élection en 2023, de revenir sur les éléments les plus restrictifs de la législation polonaise sur l’avortement — mais des désaccords internes entre coalisés ont mis ce processus à l’arrêt.
Toute tentative d’assouplir les lois sur l’avortement par le parlement se heurterait probablement aussi à un veto du président conservateur et nationaliste Karol Nawrocki, soutenu par le parti Droit et Justice (PiS), qui a instauré et maintenu la décision de justice de 2020.