Les Islandais ont rejeté une reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne, selon les résultats définitifs d’un référendum publiés dimanche, un coup dur pour Bruxelles qui aurait vu d’un bon oeil une candidature de la riche île de l’Atlantique Nord.
« C’est le choix souverain de l’Islande », a réagi le ministre français délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad. « L’Islande fait déjà partie de l’Espace économique (européen, NDLR), donc a déjà une relation très approfondie avec les institutions européennes », a-t-il relativisé.
En 2009, dans le sillage de la crise financière qui avait terrassé son économie, le pays de près de 400 000 habitants avait déposé sa candidature, mais les discussions avaient été gelées en 2013 avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement eurosceptique.
L’Islande est aujourd’hui étroitement associée à l’UE via son appartenance à l’Espace économique européen (EEE) ou encore à l’espace Schengen, des liens qui devraient rester inchangés.
Dans un contexte de tensions internationales croissantes, l’actuel gouvernement conduit par la sociale-démocrate Kristrun Frostadottir souhaitait sonder la population sur l’opportunité d’explorer une intégration plus poussée.
Formellement, le référendum a une valeur consultative, mais le gouvernement s’est engagé à en respecter l’issue, quelle qu’elle soit. Il a convoqué une conférence de presse dimanche à 13 h pour évoquer les suites qu’il compte lui donner.
« Tout ira bien »
La campagne a surtout porté sur des enjeux économiques et intérieurs, même si la guerre en Ukraine et les visées de Donald Trump sur le Groenland voisin – que le président américain a plusieurs fois confondu avec l’Islande – ont donné au scrutin une dimension géopolitique.
La consultation « a permis de relancer le débat sur l’Union européenne, sur la place de l’Islande dans le monde et, plus largement, sur son positionnement géopolitique », a déclaré Frostadottir samedi.
« Tout ira bien aussi si le non l’emporte », a-t-elle affirmé, après avoir voté « oui » dans une école de Reykjavik.
Frostadottir avait prévenu qu’en cas de rejet par les électeurs, elle ne relancerait pas l’idée d’une adhésion jusqu’à la fin de son mandat qui court jusqu’en 2028.
Les politologues jugent improbable une démission de la coalition, composée de trois partis aux vues différentes sur la question européenne, qui risque toutefois de ressortir fragilisée de cette séquence.
La campagne a profondément mobilisé et divisé les Islandais. Selon RUV, le taux de participation s’est élevé à 82,5 %, le plus élevé depuis les élections législatives de 2009, en plein milieu de la crise économique.
« Je suis peut-être encore dans une sorte de déni face à ce qui vient de se passer », a commenté Elisabet Anna Kristjansdottir, une artiste de 37 ans. « C’est assez triste que les Islandais ne veuillent même pas examiner les possibilités d’adhérer à l’Union européenne ».
« Je suis vraiment très heureux de la tournure prise par le scrutin », réagissait au contraire Anna Maria Bogadottir. « Nous devons maintenant digérer ce résultat, car il nous place face au défi de rassembler deux camps qui représentent chacun environ 50 % du pays ».
Bruxelles se voulait conciliante
Si le « oui » l’avait emporté, l’Islande aurait repris ses négociations avec l’UE, notamment sur l’épineuse question de la pêche, pilier économique du pays et marqueur de l’identité nationale, dont Reykjavik disait vouloir garder la maîtrise. Puis un accord éventuel entre les deux parties aurait été soumis à un second référendum.
Face à l’hostilité farouche des professionnels de la pêche – 90 % des entreprises du secteur se disaient opposées à une adhésion -, l’UE tentait de se montrer conciliante.
« Les spécificités propres à l’Islande en matière de pêche et d’agriculture sont bien connues. Elles devront être examinées avec attention », avait notamment déclaré la commissaire à l’Elargissement, Marta Kos.
« Je suis convaincue qu’avec les Etats membres de l’UE, nous trouverions des solutions créatives », disait-elle.
Une source bruxelloise disait ne pas penser que les Européens « aur(aie)nt envie de bloquer une adhésion pour une histoire de poisson ».
Pour l’UE, qui n’a plus accueilli de pays riches depuis 1995, une adhésion de l’Islande aurait été perçue comme une vitrine positive de la politique d’élargissement et lui aurait permis d’accroître sa présence dans l’Arctique, région de plus en plus convoitée.
Un « oui » islandais aurait peut-être aussi contribué à relancer le débat chez la richissime Norvège, toujours rétive, elle aussi, à une adhésion.