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Des milliers de personnes rendent hommage à Lyhanna lors d’une marche blanche à Fleurance


(Photo : afp)

Plusieurs milliers de personnes rendent hommage dimanche à Lyhanna, 11 ans, retrouvée morte jeudi, lors d’une marche blanche dans la commune rurale de Fleurance, sur fond de polémique concernant le traitement judiciaire des plaintes pour violations sur mineurs visant le principal suspect.

La marche blanche s’est élancée avec les parents et le frère de Lyhanna en tête d’un cortège très dense, visages graves, derrière une banderole sur laquelle est écrit : «Plus jamais ça! On t’aime. Tu nous manques», a constaté une journaliste sur place.

Les participants, vêtus de blanc, certains tenant des fleurs blanches à la main, se sont rassemblés devant la base de loisirs de Fleurance, point de départ de la marche blanche.

Céline Camus, 41 ans, habillée de blanc, une rose à la main, est très émue : «Je me sens concernée, j’ai deux enfants, une fille de 12 ans et un fils de 13 ans. Ça aurait pu arriver à ma famille, à mon fils, à ma fille». Elle-même victime de violences sexuelles pendant dix ans, Céline Camus encourage les petites filles à s’exprimer, «il faut qu’elles aient le courage d’en parler pour elles».

Manola Martin, retraitée, porte un t-shirt avec le portrait de Lyhanna. Elle a fait 50 kilomètres pour venir apporter son soutien à la famille. Elle a également été victime de viol alors qu’elle avait 17 ans. Elle est présente pour ses «filles et ses petites-filles», «malheureusement la justice ne fait rien pour ces gens-là».

À Montestruc-sur-Gers, où réside le principal suspect, le panneau du village a été recouvert d’un drap blanc sur lequel a été tagué «PDM (NDLR : peine de mort) pour les pédos», a constaté dimanche un photographe.

La marche est sécurisée par un dispositif de 150 gendarmes, a annoncé le lieutenant-colonel Christophe Romand.

«Dysfonctionnement inacceptable»

Quatre plaintes pour violences sur mineure et deux signalements, dont un pour «comportement inapproprié» envers une lycéenne, visent le principal suspect, Jérôme B., 41 ans, mis en examen lundi dernier pour enlèvement et séquestration avant d’être incarcéré.

Malgré des soupçons de pédocriminalité, il n’avait jamais été entendu auparavant par les enquêteurs. Selon le procureur de la République d’Auch, il avait fait l’objet de plaintes pour violences sur mineure en 2022 et 2025. La première a été classée sans suite. Une enquête est en cours pour la seconde.

Cette seconde plainte suscite la colère dans le Gers et au-delà : déposée en août 2025, le parquet de Toulouse l’a ensuite transmise au parquet d’Auch, les faits s’étant produits à Montestruc-sur-Gers, où habitait Jérôme B. Selon la procureure d’Auch, elle n’a été reçue qu’en décembre 2025, puis transmise à la gendarmerie en janvier 2026. Jérôme B. n’a jamais été entendu dans cette affaire, un ratage suscitant l’ire des habitants de Fleurance.

Ces dysfonctionnements ont été pointés du doigt jusqu’au plus haut sommet de l’État, qui accable l’institution judiciaire. Gérald Darmanin, «furieux» du traitement du suspect par la justice, a présenté vendredi ses «excuses au nom de la justice» à la famille de Lyhanna. «Il est clair qu’il y a un dysfonctionnement (…) et c’est inacceptable», a déclaré depuis le Monténégro le président Emmanuel Macron, qui ne veut «entendre aucun argument de moyens dans cette affaire».

Mais pour l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), demeure «l’impression qu’il faut des boucs émissaires et vite. Il y a peut-être eu des dysfonctionnements, mais il n’y a que les rapports d’inspection qui peuvent dire ça», a indiqué son secrétaire général adjoint, Aurélien Martini. Il pointe la multiplication des circulaires «sans se poser la question de savoir si les services ont la capacité de les intégrer».

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