Les touristes se trouvant en Espagne tentent de s’adapter aux aléas climatiques et aux terribles incendies qui dévastent la région de Madrid.
«Rester à l’intérieur autant que possible» : le séjour estival de Thomas Fawkes à Madrid, avec sa femme et son fils, n’a pas tout à fait pris la tournure espérée en raison des incendies dévastateurs qui font rage à une cinquantaine de kilomètres de la capitale espagnole.
Avec sa petite famille, cet avocat américain, arrivé il y a quelques jours de Chicago, a dû adapter son programme samedi face à «la fumée» qui entourait Madrid, au point de piquer la gorge. «Nous avons essayé de rester un peu plus à l’intérieur. Sinon, nous nous serions davantage promenés, mais on ressentait vraiment (la fumée), donc nous avons essayé de rester à l’intérieur autant que possible», reconnaît-il. Le trio a donc visité le célèbre musée d’art du Prado et un «mercado» typique du centre-ville afin de ne pas être trop exposés aux fumées.
En ce dimanche matin, la chape entourant Madrid s’est dissipée, et les touristes venus en nombre au grand parc du temple d’Amon peuvent profiter de la vue, sous un beau ciel bleu d’été. Non loin, Pilar et Douglas, un couple de retraités néo-zélandais en vadrouille en Europe pendant plusieurs mois, se montrent préoccupés par la tournure des événements, en plein réchauffement climatique. Ils font le même constat : «Nous venons en Europe chaque année et nous avons remarqué que ça devient de plus en plus chaud». Lunettes de soleil sur le nez et casquette sur la tête, Pilar, 69 ans, explique s’être préparée avec l’incendie dans la région : elle «a un masque» chirurgical dans son sac à main au cas où l’odeur serait de nouveau trop forte, après avoir vu «de la fumée très noire» en atterrissant à l’aéroport. «Nous n’avons jamais eu peur que le feu atteigne réellement Madrid, mais c’est plutôt l’effet que ça a sur la qualité de l’air», note de son côté le mari de 71 ans.
Avant l’Espagne, ils étaient notamment à Paris, où «il a fait trop chaud», et ils doivent désormais rejoindre lundi Bilbao, dans le Pays basque espagnol (nord), frontalier de la France. Soit tout proche des incendies qui continuent de ravager des milliers d’hectares dans les Landes et surtout à côté de Bordeaux, sans avoir pu être maîtrisés jusque-là. «Nous allons nous rapprocher (…), donc nous ne savons pas si cela va changer nos plans», confie Pilar, dans l’expectative. Son mari acquiesce, fataliste : peut-être faudra-t-il, dès l’année prochaine, venir «au printemps ou en automne» pour éviter la chaleur étouffante et de telles mésaventures.
Feux partout, refuge nulle part
«Sous le choc», elle aussi, et «un peu stressée», Letisha Lucas, une Canadienne de 33 ans, dit ne pas s’être attendue à un tel accueil en arrivant en Espagne pour des vacances prévues avec une amie, Lindsay. «Ça piquait beaucoup la gorge», raconte-t-elle, expliquant «avoir bu (la veille) beaucoup d’eau pour rester hydratée». Originaire de l’Ontario, où de vastes feux de forêt ont récemment fait rage, elle sourit avec amertume en disant que les incendies l’ont «malheureusement» suivie. «Quand on est arrivés ici, on pensait avoir quitté ça, et donc apprendre qu’il y avait aussi des feux ici…» «C’est malheureux et triste de voir à quel point notre monde est en train de changer», se désole-t-elle.
Depuis le début de l’année, près de 130 000 hectares ont déjà brûlé en Espagne, selon le Système européen d’information sur les feux de forêt (EFFIS), après une année 2025 déjà record. De quoi faire craindre aux commerces de Madrid qui vivent du tourisme un impact négatif sur leurs recettes? Raquel Cano, la propriétaire du restaurant «Casa Parrondo», ne le souhaite pas, même si elle reconnaît que «ça touche à tout, (y compris) au tourisme». Elle prend en exemple «les inondations» meurtrières d’octobre 2024 à Valence, qui restent dans la tête de tous les Espagnols.
Face aux flammes «dévastatrices», la gérante veut toutefois rester optimiste : «Les gens qui veulent venir, ils viendront quand même. Mais ce n’est pas la même chose de voir la forêt verte que de la voir dévastée et toute noire».