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Antisémitisme : l’Allemagne et Israël craignent le retour des « vieux démons »


Le président israélien, Reuven Rivlin, embrasse le président allemand, Frank-Walter Steinmeier (g.), après son discours lors d'une session parlementaire en hommage aux victimes nazies au Bundestag. (Photo AFP)

Les présidents allemand et israélien ont exprimé mercredi leur inquiétude de voir resurgir en Europe les « vieux démons » de l’antisémitisme, lors d’une commémoration de la libération d’Auschwitz.

« Nous pensions que le vieux démon disparaîtrait avec le temps. Mais non : les esprits maléfiques du passé apparaissent désormais sous de nouveaux aspects », s’est ému le président allemand Frank-Walter Steinmeier, dans un discours devant la Chambre des députés allemands, le Bundestag. Son homologue israélien, Reuven Rivlin, lui a fait écho en mettant en garde contre un « antisémitisme laid et extrême (qui) plane sur toute l’Europe, de l’extrême droite à l’extrême gauche ». « L’Europe est aujourd’hui visitée par les démons du passé », a-t-il averti.

Après les cérémonies de Yad Vashem en Israël puis sur le site de l’ancien camp nazi d’Auschwitz-Birkenau, réunissant de nombreux dirigeants, les deux chefs d’État s’exprimaient solennellement devant les députés et le gouvernement d’Angela Merkel au grand complet. « J’aimerais pouvoir dire avec conviction, en particulier devant notre invité d’Israël : ‘nous, les Allemands, avons compris' », a déclaré le président allemand, au rôle essentiellement honorifique mais dont la voix porte en Allemagne. « Mais comment dire cela alors que la haine et l’agitation se répandent, que le poison du nationalisme s’infiltre à nouveau dans les débats, même ici », a-t-il lancé, en présence notamment des députés d’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). Ce mouvement a fait une irruption spectaculaire ces dernières années dans le paysage politique. Plusieurs de ses cadres militent ouvertement pour la fin de la culture de la repentance allemande des crimes du IIIe Reich.

Un juif sur deux a déjà envisagé de quitter l’Allemagne

Frank-Walter Steinmeier a nourri son propos d’exemples récents en Allemagne, de l’attaque d’une synagogue à Halle le jour de Yom Kippour aux menaces de mort reçues par le seul député allemand de couleur, Karamba Diaby, en passant par les insultes et crachats reçus dans la rue par les juifs qui portent une kippa. « Ce qui m’inquiète, c’est que nous comprenons mieux le passé que nous ne comprenons le présent », a asséné Frank-Walter Steinmeier. Son homologue israélien, deuxième chef de l’État hébreu, après Shimon Peres en 2010, à s’exprimer devant le Bundestag en cette journée en Allemagne de la commémoration des victimes du nazisme, a lui aussi livré un constat alarmant. S’il a jugé ne pas voir à l’heure actuelle de risque de voir se reproduire l’extermination des Juifs commise par les nazis, Reuven Rivlin a exhorté à combattre « l’amorce de ce nouvel antisémitisme », qui se nourrit de discours sur la « pureté de la race » et de « nationalisme ».

L’Allemagne, comme d’autres pays européens, connaît une recrudescence des agressions racistes et antisémites. Elles ont ainsi augmenté en 2018 de près de 20% par rapport à 2017, selon les statistiques de la police. La mouvance néonazie est à l’origine d’une bonne partie d’entre eux. Lundi encore, en pleine commémoration de la libération des camps, un drapeau israélien a été hissé sur une cheminée d’une usine désaffectée à Leipzig, évoquant les cheminées des fours crématoires. Ce regain d’actes antisémites fait craindre au gouvernement un départ « massif » des juifs d’Allemagne. Un juif sur deux a déjà envisagé de quitter le pays, a mis en garde dimanche le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, précisant que les insultes et attaques antisémites se produisaient quotidiennement en Allemagne. Ce dossier sera ainsi une priorité de l’Allemagne, qui prend la présidence tournante de l’Union européenne en juillet et la présidence du Conseil de l’Europe en novembre. Le gouvernement d’Angela Merkel compte en outre prendre des mesures pour punir plus durement l’antisémitisme, obliger les réseaux sociaux à signaler les messages de mort ou mieux protéger les élus. Cette dernière mesure a été décidée après l’assassinat en juin d’un élu local pro-migrants, Walter Lübcke, dont l’auteur présumé est issu de la mouvance néonazie. Plusieurs autres élus sont victimes d’intimidation et de menaces.

LQ/AFP

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