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Luxembourg : monoparentale, confinée et parfois dépassée


Estela a du mal à aider son fils de 7 ans pour les devoirs pendant le confinement. Mais elle ne baisse pas les bras. Elle s'accroche. (illustration archives LQ)

Estela, ressortissante cap-verdienne, est femme de ménage chez des particuliers, confinée avec son fils de 7 ans sur qui elle veille depuis la fermeture des écoles et des structures d’accueil. Une histoire.

Quand Estela a compris que les écoles fermaient leurs portes pendant deux semaines, c’était le vendredi 13 mars dernier en rentrant du travail. L’annonce faite la veille par le gouvernement lui avait échappé. C’est un de ses employeurs qui l’a prévenue en se doutant qu’elle ignorait tout de cette mise en quarantaine vu qu’elle n’en avait pas encore parlé. Et ce qu’Estela ignorait encore, c’est que cette mesure concernait aussi les maisons relais. «Oh mon Dieu!», s’est exclamée cette mère de 39 ans en réalisant ce que cela signifiait pour elle.

Estela élève aujourd’hui seule son fils de 7 ans qui dès l’âge de trois mois a fréquenté les crèches. Elle travaille 40 heures par semaine auprès de six employeurs entre Luxembourg, Sandweiler et Mondorf-les-Bains où elle réside depuis trois ans. Elle n’a pas de voiture, se déplace exclusivement en bus et calcule la différence de prix entre un litre de lait acheté à la station-service en face de chez elle ou au supermarché à 500 mètres de là. Le moindre euro compte.

« C’est difficile de lui venir en aide »

Elle parvient à gérer son quotidien tant bien que mal, alors quand la nouvelle du confinement est tombée, tout son petit monde bien organisé s’est écroulé. Estela s’est d’abord demandé qui allait pouvoir s’occuper de son fils, mais elle n’a pas eu besoin de réfléchir longtemps. En gros, il n’y avait personne. À part elle-même, ce qui signifiait rester à la maison.

Quand son fils était encore nourrisson, elle se souvient des appels de la crèche lui demandant de venir récupérer son bébé fiévreux. «Je devais partir de mon travail, prévenir mes patrons et j’avais peur de perdre mes places», se souvient-elle. Quand le confinement a été décidé, elle ne savait pas non plus qu’elle pouvait prendre un congé pour raisons familiales. «Ce sont mes patrons qui m’ont aidée à remplir les formulaires», explique-t-elle, reconnaissante.

Dans son appartement, petit mais coquet, au premier étage d’une résidence récemment construite, Estela dispose de deux chambres, et surtout d’un beau balcon qui donne sur la Gander, le ruisseau faisant frontière avec la France qu’elle peut presque toucher du doigt. Son fils de 7 ans a choisi le français comme langue maternelle. Pas moyen de lui faire dire une phrase en créole, alors entre la mère et l’enfant, toute la communication se fait en français, depuis la crèche.

Estela a suivi les cours de français le dimanche matin pendant des années à l’ASTI. Mais l’allemand lui est complètement étranger. Son fils Tiago apprend à le maîtriser à l’école où il a appris également le luxembourgeois. C’est un petit garçon consciencieux qui a toujours adoré l’école et ses enseignant(e)s comme la maison relais. «Il lit les livres distribués par sa maîtresse avant le confinement et fait ses devoirs comme il peut, mais pour moi c’est difficile de lui venir en aide. Non seulement je ne comprends pas l’allemand, mais je dois demander à mes patrons de m’imprimer les exercices parce que je ne suis pas équipée, je n’ai qu’un smartphone», explique la maman parfois désemparée.

Elle aura fait ce qu’elle a pu, avec les maigres moyens du bord

Avec un salaire social minimum, un loyer de 1 280 euros pour lequel un de ses employeurs s’est porté caution pour qu’elle puisse emménager, Estela fait attention au moindre euro dépensé. «Pour l’instant, je ne peux pas acheter un ordinateur. Ma priorité c’est d’avoir assez à manger jusqu’à la fin du mois», avoue-t-elle. Depuis que la maison relais a fermé ses portes, elle doit cuisiner tous les jours midi et soir et ça compte aussi. Ça coûte surtout. Les aides diverses qu’elle perçoit lui permettent de se maintenir à flot, mais les folies, aussi douces soient-elles, ne trouvent pas de place dans son budget.

Elle ne s’en plaint guère. Elle est contente d’avoir un toit pour son petit ménage, un travail dans un pays qu’elle affectionne, et des employeurs qui lui viennent spontanément en aide. «Je fais imprimer les devoirs de Tiago chez eux à tour de rôle. Un de mes patrons m’a donné une imprimante. Il faut que je trouve une tablette pas chère, ça m’aidera à mieux lire les messages de l’école et à consulter le dictionnaire allemand-français quand Tiago ne comprend pas un mot», explique-t-elle.

C’est une gymnastique quotidienne. «Mais on ne s’en sort pas trop mal. Je l’espère!», ajoute-t-elle. Elle sait qu’elle n’est pas à la hauteur pour tenir l’école à la maison et elle craint le bulletin de fin d’année. Elle aura fait ce qu’elle a pu, avec les maigres moyens du bord en se sentant souvent impuissante face à la difficulté de l’exercice. Les applications sont nombreuses qui accompagnent les parents pendant cette période particulière, mais face à Estela se dresse la barrière de la langue, celle du matériel informatique manquant, sans parler des lacunes qu’elle reconnaît en matière d’enseignement général.

Loin de baisser les bras, elle s’accroche à sa nouvelle mission temporaire, toujours à la recherche de bons tuyaux et de soutien. Autour d’elle, la solidarité s’est bien organisée. En ces temps de crise, Estela n’est pas un cas unique.

La journée de devoirs s’achève. Tiago a droit à ses dessins animés. «Il les regarde en allemand, c’est mieux pour lui», assure sa maman en suivant les conseils que lui a donnés l’institutrice de son fils.

Geneviève Montaigu

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