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Luxembourg : islamophobe, mais moins que les autres


L'observatoire luxembourgeois de l'islamophobie a rendu un rapport sur la situation actuelle (Photo d'illustration : AFP).

Plus de la moitié des personnes de confessions musulmanes estiment qu’un sentiment d’islamophobie ne se serait pas arrêté aux frontières du Luxembourg, selon un rapport d’un observatoire luxembourgeois.

«Les attentats de Christchurch en Nouvelle Zélande le 15 mars 2019 ne manquent pas de rappeler que la question de l’utilité d’un observatoire de l’islamophobie ne se pose plus», indique Yves Boden. On pourrait croire que le président de l’OIL prêche pour sa paroisse, cependant l’organe qu’il dirige se veut un rempart contre les haines raciales et religieuses, ainsi que les conséquences de leur prolifération. Car l’islamophobie, cet «ensemble d’actes de discrimination ou de violence verbale ou physique contre des institutions ou des individus en raison de leur appartenance réelle ou supposée à l’islam» existe au Luxembourg.
C’est ce qu’il ressort d’un rapport effectué par l’observatoire auprès de 340 personnes de confession musulmanes. Soixante pour cent d’entre elles penseraient qu’il y a présence d’islamophobie au Luxembourg et ce, plus particulièrement dans l’emploi, les médias et la politique. Cependant, 71,2 % d’entre eux pensent être moins discriminés que dans nos pays voisins. Quatre-vingt-deux pour cent des personnes interrogées pensent même être très bien intégrées socialement. Autre point positif constaté par l’observatoire dans ce premier rapport : les actes d’islamophobie perçus et vécus seraient en baisse de 12 et de 3,8 %. Les porteurs de signes extérieurs religieux et culturels feraient davantage l’objet de ce type d’actes.
Les actes de violence vécue auraient été constatés dans le monde du travail à 53,2 %, dans les médias à 32,2 %, sur la voie publique à 28 %, en politique à 25,2 % et dans les commerces à 22,4 %. Il s’agissait en grande majorité de paroles désobligeantes (70 %), de blagues offensantes (57,4 %), de traitements injustes par rapport aux autres (51,8 %), d’insultes (42 %) et de rejets (33,6 %).

Une population bien intégrée

L’image de l’islam et de ses pratiquants est toujours négative et correspond souvent à celle que veulent lui donner les mouvements populistes ou d’extrême droite quand ce ne sont pas les islamistes eux-mêmes qui sont à l’œuvre. Si le Luxembourg est jusqu’à présent exempt de véritables actes haineux et graves envers cette communauté, il faut préserver cette situation. Les individus de confession musulmane restent un groupe minoritaire au Luxembourg, donc davantage sujet à discrimination.
«L’islamophobie ne devrait pas être considérée comme un problème concernant exclusivement la communauté musulmane mais avant tout comme un défi social devant être surmonté par toute la société luxembourgeoise», estime l’OIL dans son rapport. «À cet égard, le Luxembourg offre un terrain favorable à l’endiguement de ce phénomène.»
En effet, explique l’observatoire, «contrairement à ses pays voisins, le Luxembourg ne connaît pas de passé colonial ayant façonné directement l’image des musulmans». La multiculturalité du Luxembourg joue également en sa faveur. De même que «la population musulmane y est bien intégrée socialement et n’est pas sujette à une ghettoïsation» comme c’est souvent le cas chez nos voisins. De plus, elle est représentée par un corps central, la Shoura.
Ce terrain favorable à l’intégration des personnes musulmanes ne serait malheureusement pas suffisant pour repousser une prolifération de ce mal social, estime l’observatoire qui a clos son rapport sur des recommandations et en précisant qu’en absence de chiffres officiels, elle avait dû se référer à des constatations de terrain qui «ne permettent pas de tirer des conclusions fiables à l’échelle nationale».
L’OIL appelle le gouvernement à le soutenir. Il pourrait élever sa lutte au rang de cause nationale, organiser une journée nationale de lutte ou mettre en place des référents dans les ministères. Un programme de formation et d’information traitant de la gestion de la diversité et des processus psychosociaux à l’origine des discriminations pourrait être mis à destination des institutions et du grand public. Enfin, l’OIL milite en faveur d’«une véritable coordination entre les différents acteurs luttant contre les diverses formes d’injustices et le gouvernement».
La peur de l’autre, le repli sur soi et l’ignorance ne doivent pas gagner du terrain sur l’esprit d’inclusion et d’entraide qui règne au Luxembourg.

Sophie Kieffer

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