Comme chaque année, les cimetières s’apprêtent à revêtir leurs couleurs d’automne. Même si les pratiques et le regard porté sur cet événement évoluent selon les générations, la Toussaint demeure un rendez-vous incontournable afin de rendre hommage aux disparus.
Le rituel de la Toussaint ne se résume pas au seul jour de la visite : il se prépare souvent bien en amont. Une brosse dans une main, un seau dans l’autre, c’est tout un rituel de soins que perpétuent de nombreuses personnes. À l’image d’Éric Chaput de Beuveille, qui confie se rendre régulièrement au cimetière quelle que soit la saison pour entretenir le monument où repose son épouse et ses abords.
Le passage dans ce lieu funéraire demande un investissement personnel. Toutefois, à l’approche fatidique du 1er novembre, le relais est souvent pris par les plus jeunes de la famille, qui viennent y déposer la traditionnelle composition fleurie.
Du chrysanthème classique aux nouvelles tendances florales
Symbole incontesté de cette période, le chrysanthème règne en maître sur les étals des fleuristes, mais ses formes se diversifient pour répondre à une quête de singularité. «Si le chrysanthème à grosse tête représente encore près de la moitié des ventes, la version à petite tête – qui évoque une marguerite aux tons chauds et variés – gagne du terrain», souligne Marie-Blanche, fleuriste à Mont-Saint-Martin.
«La clientèle souhaite désormais personnaliser son message affectif. Les coupes composées, les petits bouquets montés sur mousse en forme de cœurs ou de croix connaissent un succès grandissant.» Même constat pour la bruyère, qui séduit par son évocation de la nature sauvage. La fleuriste distingue ainsi deux profils d’acheteurs : ceux qui cherchent simplement à accomplir un geste coutumier en choisissant un pot un peu au hasard, et ceux qui sélectionnent avec une minutie toute particulière la composition la plus apte à traduire leurs émotions et leur affection. Une tradition générationnelle aux visages contrastés.
Au-delà de l’acte d’achat, c’est toute la question de la transmission et de la sincérité du rituel qui divise. Selon un reportage télévisé récent, les deux tiers des ménages qui célèbrent la Toussaint ont plus de 40 ans, ce qui confirme un certain désintérêt d’une partie de la jeunesse pour ce rendez-vous annuel. Une jeune femme de 20 ans témoigne ainsi de sa préférence pour un recueillement plus spontané, au gré de ses passages sur le Pays-Haut, plutôt qu’à une date imposée.
À l’inverse, pour les aînés, la Toussaint demeure un pilier calendaire et émotionnel majeur. Pour eux, les fleurs restent le moyen le plus pur d’exprimer l’amour, le regret et l’hommage, tout en témoignant aux yeux de tous que le défunt est resté profondément ancré dans les mémoires. Certains poussent même le dévouement jusqu’à fleurir plusieurs tombes le 1er novembre, avant d’effectuer, le lendemain – jour de la fête des défunts – le rituel du grand tour des cimetières avec une attention pour chaque pierre tombale.