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Jeu de rôle à la frontière

L’interview que nous publions du directeur du pôle fiscal de l’OCDE est importante : ce n’est plus le voisin lorrain qui constate un trop grand déséquilibre dans le développement des territoires transfrontaliers. C’est une voix de l’OCDE qui l’exprime, une voix claire, une voix médiatique et pondérée, reconnue pour ses analyses. Le constat est là : «Lorsque les flux de travailleurs qui se déplacent dans les deux sens ne sont pas équilibrés […] les pays peuvent convenir d’une disposition exigeant un rééquilibrage des droits d’imposition afin que le pays de résidence conserve les recettes fiscales dont il a besoin pour l’entretien de ses services publics.»

Le responsable de l’OCDE ne sort pas cette approche du chapeau. Il suffit d’observer comment la création des richesses est répartie dans d’autres zones à forte pression d’emploi frontalier. Les Lorrains ont souvent cité Genève, qui verse une compensation financière aux communes voisines de Haute-Savoie et de l’Ain, pour environ 100 000 frontaliers. L’analogie est tentante, avec les 102 000 Lorrains, notre plus grand bassin frontalier.

Mais ailleurs en Europe, d’autres modèles existent. Ainsi, entre la Scanie (Suède) et le Danemark, la question fut réglée en quatre ans après l’ouverture du pont reliant Malmö et Copenhague! Sans que les uns (disons Lorrains) ne s’affligent d’un complexe d’infériorité pesant, à ne rien demander à l’État voisin. Sans que les autres (disons Luxembourgeois) soient leurrés par un sentiment de toute puissance qui leur ferait oublier que la richesse est produite à plusieurs bras : presque «fifty/fifty» avec l’ensemble des frontaliers.

Pourquoi tant de blocages dans notre coin de l’Europe ? Pourquoi tant de réticences à penser un territoire commun ? Jouons un jeu de rôle. Les Luxembourgeois sont les Danois, dont la dynamique capitale posée sur la mer a quelques problèmes de logements. Les Lorrains sont les Suédois, exprimant leur désir de social-démocratie avec cette conviction perçante qu’ont les peuples nordiques dans leur regard. Eh bien voilà, il n’y a plus qu’à jeter un pont.

Hubert Gamelon

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