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Erdogan inébranlable

Le violent tremblement de terre qui a ravagé le sud-est de la Turquie – ainsi que le Nord-Ouest syrien – a ouvert une brèche. Dans laquelle s’engouffrent les voix s’élevant contre les autorités d’Ankara. Contre l’autoritaire président, surtout. Recep Tayyip Erdogan essuie un feu nourri de critiques, pour avoir longuement tardé à dépêcher les secours dans les régions les plus affectées. Et plus largement pour une gestion défaillante de telles catastrophes, pourtant fréquentes dans un pays situé sur l’une des zones sismiques les plus actives au monde.

Secoué par l’opinion, Erdogan a répliqué en arguant le caractère «imprévisible» du drame. Concédant tout juste des «lacunes». Mais la démocratie a ses limites et la répression n’est jamais loin. Une douzaine de ceux qui se font un peu trop bavards sur les réseaux sociaux ont déjà été arrêtés et Twitter a été un temps rendu inaccessible. Certains y dénoncent notamment un détournement de fonds qui auraient dû financer la mise aux normes des sites à risque, édictées en… 1998. La rumeur gronde depuis déjà plusieurs mois : l’État se paie la tête des Turcs. Dans les rues d’Istanbul, par exemple, il n’est pas rare d’entendre parler de corruption. Les langues se délient sur le coin de table d’un bar à chicha, dans l’habitacle d’un taxi… À mots couverts et jamais en public, bien sûr. Car les murs ont des oreilles et celles-ci sont indiscrètes.

Erdogan se sait contesté, après vingt ans de pouvoir. Pas suffisamment, du reste, pour ébranler sa confiance à l’approche des prochaines échéances électorales – présidentielle et législatives – fixées au 14 mai. D’ici là, la tragédie ne lui profitera clairement pas, mais le sol ne devrait pas non plus se dérober sous ses pieds. Et l’opposition, éparpillée, est trop faible pour lui disputer un nouveau mandat. La seule figure crédible est hors course : Ekrem Imamoglu, maire d’Istanbul, a récemment écopé de deux ans et demi de prison pour insultes envers des responsables du scrutin municipal de 2019 qui rejetaient sa victoire.

L’onde de choc qui se propage depuis lundi, si elle expose les failles de la République d’Atatürk, a toutefois peu de chances de provoquer un séisme politique.

Alexandra Parachini

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