Leurs trois créations, résolument féminines, sont celles qui représenteront cet été le Luxembourg au festival OFF d’Avignon. Les metteuses en scène Sophie Langevin, Renelde Pierlot et Christine Muller évoquent l’après #MeToo et ce qui a changé dans leur pratique théâtrale.
La première, avec Les Glaces, pièce qui a connu un beau succès au Luxembourg, questionne la violence sexuelle et la notion de consentement. La seconde, elle, cherche à briser le tabou tenace des règles dans Les Jours de la lune, tandis que la troisième rejoue l'amour au temps du tout numérique et du dating contemporain (Une Rose plus rouge). Les metteuses en scène Sophie Langevin, Renelde Pierlot et Christine Muller seront au festival d'Avignon cet été. L'occasion d'aborder avec elles les différentes problématiques féminines qui agitent leurs productions, et ce qu'elles racontent de la société.
Comment avez-vous réagi au mouvement #MeToo en 2017?
Sophie Langevin : Je m’en souviens bien parce que j'étais en train de travailler sur Revolt. J'ai été extrêmement impressionnée par le courage de l’actrice Asia Argento qui, en s’attaquant à l’industrie du cinéma, mettait en péril sa carrière. Quand ça a fait boule de neige, je me suis dit : "Ok, c'est parti, c'est la fin de l’impunité".
Renelde Pierlot : Pour moi, ce n’était pas un moment précis, mais avec du recul, je vois qu’il y a eu des évolutions sur les plateaux. Quand je sortais de l'école, il y avait encore tellement de rôles prédéfinis pour les femmes. C’était simple : la mère, la pute, la jeune première ou la vieille! Super stéréotypés. Et puis, on entendait ce genre de remarque : "Ben oui, se mettre nue sur scène, c’est normal". Heureusement, la représentation de la féminité sur scène a évolué. Et quand on le vit personnellement, comme ça m’est déjà arrivé, #MeToo permet de comprendre qu’il y a des limites à ce que l’on nous demande, et que non, certaines choses ne sont pas correctes.
Christine Muller : #MeToo, c’était l'année où j'ai commencé à faire de la mise en scène. Honnêtement, je me demandais si ça allait vraiment changer quelque chose. Ça a été le cas. Les comédiennes de ma troupe le disent : depuis 2018, le consentement est pris au sérieux. Est-ce que je peux te toucher? Est-ce que t'es à l'aise avec ça? C’est important, car une remarque ou un comportement déplacé vous marque toute une vie.
Photo : editpress / fabrizio pizzolante
Cela vous a-t-il ouvert tout un pan de sujets que vous n'osiez pas aborder jusqu’alors, artistiquement parlant?
S.L. : Non, mais le regard a bougé. Disons plutôt que c’est la manière d’aborder tel ou tel sujet qui a changé.
R.P. : Moi, ...
Cet article est réservé aux abonnés.
Pour profiter pleinement de l'ensemble de ses articles, vous propose de découvrir ses offres d'abonnement.