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[Magazine] Japon : de l’electro 100% locale


Photo : afp

De bain public en poissonnerie, des DJs jouent pour la mémoire des quartiers japonais. Une idée née d’un collectif qui cherche à reconnecter la jeunesse avec la communauté locale, et transforme des scènes du quotidien en clubs éphémères.

Dans un bain public japonais centenaire, les nappes sonores du DJ se mêlent au clapotis de l’eau devant les caméras d’étudiants, engagés dans un «archivage numérique» des petits commerces traditionnels menacés par le développement urbain et le déclin démographique.

Leur collectif, Login.jp, enchaîne les tournages à travers l’archipel, dans un atelier de teinture ou une échoppe de tofu, les pieds dans une rizière ou à bord d’un train de campagne, postant à ce jour sur YouTube une trentaine de vidéos transformant des scènes du quotidien en clubs éphémères.

Les deux fondateurs du collectif disent avoir développé une sensibilité particulière à cet héritage de par leurs expériences : Jun Kim est d’origine coréenne et Rihito Mizoguchi a longtemps vécu aux États-Unis.

«Parfois, quand vous êtes trop près de quelque chose, cela devient normal et vous avez tendance à moins l’apprécier. Nous voulions remettre en lumière ces expériences pour les gens qui vivent au quotidien parmi ces commerces», dit Jun Kim, 21 ans. Via leur projet baptisé The Shoten («petit commerce»), ils aimeraient aussi utiliser la musique pour reconnecter la jeunesse avec la communauté locale.

Rihito Mizoguchi, 20 ans, explique que le fait d’avoir été adolescents pendant le covid, quand la plupart des boîtes de nuit étaient fermées, a modelé leur culture musicale, déconnectant ces lieux de la culture DJ qui leur était associée.

«Nous cherchions davantage des expériences basées sur la musique et le son plutôt que ce qu’est devenue la culture des clubs aujourd’hui, davantage axée sur la fête», souligne-t-il. Ils ont mis leur première vidéo en ligne début 2025, tournée dans une poissonnerie du quartier d’Akabane à Tokyo, connu pour ses galeries marchandes rétro.

Pour décrocher une autorisation de filmer, «nous avons dû écumer 30 ou 40 boutiques», explique Jun Kim, qui souligne l’importance d’écouter et de communiquer pour comprendre ces établissements.

«Chaque quartier a sa propre communauté et sa façon de faire les choses. Il faut prendre le temps de parler avec les propriétaires des boutiques et d’apprendre ce qu’ils ont parfois mis une vie à construire, la culture qui entoure ce qu’ils font», ajoute-t-il.

«Notre philosophie, c’est vraiment de montrer ce qu’il y a sous la couche superficielle du Japon que les gens voient à l’extérieur, au-delà de la tour de Tokyo ou du mont Fuji».

On est juste un simple intermédiaire pour transmettre au public des histoires

Casque aux oreilles et dodelinant de la tête, le DJ Zendo, 28 ans, s’affaire derrière les platines d’un sentō – bain public – situé dans l’arrondissement tokyoïte de Sumida, qui abrite de nombreux anciens quartiers traditionnels.

Derrière lui, des hommes nus se baignent en profitant des larges fresques murales qui décorent les lieux. «Dans un club classique, on boit de l’alcool et on discute avec ses amis, mais ici prendre un bain permet d’être dans un état où l’on se concentre vraiment sur la musique, c’est une approche inédite», explique-t-il après sa performance.

Katsuhito Okubo, le propriétaire de l’établissement, admet avoir d’abord été méfiant : «Beaucoup de gens veulent juste organiser des événements ici», mais «en échangeant avec eux, j’ai senti qu’ils essayaient vraiment de comprendre notre espace de vie».

Ce dernier, 32 ans, a repris le bain Denki-yu, dans sa famille depuis quatre générations, après avoir appris qu’il était menacé de destruction. «Beaucoup de bâtiments disparaissent du jour au lendemain et deviennent des terrains vagues, et on se retrouve entre voisins à se demander : « qu’est-ce qu’il y avait ici déjà? « »

Photo : afp

Le sentō est, selon lui, l’un des rares espaces où l’on apprend le «kyozai», le fait de «coexister et de tolérer la présence de l’autre» sans forcément échanger un mot. «Il y a des clients qui viennent ici depuis toujours. C’est une génération qui a vécu sans réseaux sociaux, ces personnes âgées nous enseignent l’art d’être ensemble». Le collectif Login.jp, lui, dit vouloir être «un simple intermédiaire pour transmettre au public les histoires» des établissements et de leurs propriétaires.

Dans ce sens, il se réjouit de l’impact que ses vidéos suscitent parfois, comme celle tournée dans une papeterie de quartier, vue plus de deux millions de fois. «Le propriétaire nous a dit avoir eu un tas de nouveaux clients, et des gens qui venaient juste pour écouter ses histoires et l’histoire du magasin», détaille Jun. «On se dit qu’on a un impact, pas forcément sur leurs ventes, mais au moins pour rassembler les gens pour qu’ils apprécient un peu plus ces espaces.» 

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