Accueil | Culture | Johnny Clegg, « le Zoulou blanc », fait ses adieux au public

Johnny Clegg, « le Zoulou blanc », fait ses adieux au public


"J'ai eu une carrière gratifiante à bien des égards (...) réussir à rassembler des gens grâce à des chansons, surtout à un moment où cela semblait complètement impossible", se félicite l'artiste. (photo AFP)

Ses refrains incarnent pour toujours la résistance à l’apartheid. Après avoir battu pendant quarante ans les scènes musicales du monde entier de ses pieds nus, le Sud-Africain Johnny Clegg a décidé de mettre un point final à sa carrière publique.

A 64 ans, le « Zoulou blanc » entame vendredi au Cap sa tournée d’adieu, qui doit l’emmener d’Afrique du Sud en Grande-Bretagne, en France, à Dubaï, aux États-Unis et au Canada. A la veille du premier concert de cette ultime série, celui qui n’a jamais renoncé à défier le régime raciste blanc de son pays explique avoir été contraint de céder à un cancer. « J’ai eu une carrière gratifiante à bien des égards (…) réussir à rassembler des gens grâce à des chansons, surtout à un moment où cela semblait complètement impossible », se félicite-t-il, lors d’un entretien dans sa maison de Johannesburg. « Je veux offrir à mes fans une sorte de conclusion, leur dire que le voyage que j’ai commencé quand j’avais 14 ans touche aujourd’hui à sa fin », poursuit l’artiste.

Héros de la réconciliation raciale

Même si son cancer, diagnostiqué il y a deux ans, est désormais en rémission, Johnny Clegg préfère tirer sa révérence. « Mes spectacles sont très physiques, avec beaucoup de danses, et exigent que je sois fort », explique-t-il, « alors je voudrais faire mes adieux tant que j’en suis encore capable ». Son « Dernier voyage », ainsi qu’il a baptisée sa tournée d’adieu, sera très largement autobiographique. Il rappellera le harcèlement de la police de l’apartheid qui lui reprochait de jouer avec des musiciens noirs, comme le soutien des millions de fans qui, en Europe et notamment en France, en ont fait un héros de la réconciliation raciale.

La fascination de Johnny Clegg pour les danses et les mélodies zouloues a débuté dans les années 1960 dans les résidences pour travailleurs noirs de Johannesburg où il s’invitait secrètement pour danser avec les troupes traditionnelles. En bravant les lois de l’apartheid qui le lui interdisaient formellement. « Nous devions faire preuve de mille et une astuces pour contourner la myriade de lois qui empêchaient tout rapprochement interracial », raconte-t-il.

En 1979, Johnny Clegg et son groupe « multicolore » Juluka sortent leur premier album, Universal Men. Un mélange inédit de pop occidentale mâtinée de rythmes zoulous, d’accordéon et de guitare qui, contre toute attente, trouve immédiatement son public. « Les gens étaient très intrigués par notre musique », se souvient-il. Sur scène, les fredonnements et danses traditionnelles, les pieds nus levés très hauts qui martèlent le sol, deviennent rapidement la marque de fabrique du « Zoulou blanc ».

En 1983, il accède au statut de star mondiale avec la sortie de son nouvel album, Scatterlings of Africa, qui le catapulte en tête des hit-parades en Grande-Bretagne et en France. « Personne ne savait exactement de quoi parlaient nos chansons, juste qu’il y était question d’Afrique », se souvient le chanteur. Johnny Clegg devient vraiment un artiste « politique » quatre ans plus tard avec un titre, Asimbonanga (« Nous ne l’avons pas vu », en langue zouloue). Le titre rend hommage au dirigeant du Congrès national africain Nelson Mandela, alors incarcéré depuis plus de vingt ans dans le pénitencier de Robben Island, au large du Cap. La seule évocation de son nom est strictement interdite et totalement insupportable pour le régime de Pretoria, qui l’interdit. Aujourd’hui encore, Asimbonanga reste un des hymnes de l’Afrique du Sud « arc-en-ciel ».

« L’expérience de l’apartheid au quotidien »

Même célébré dans le monde entier, Johnny Clegg est arrêté à plusieurs reprises dans son propre pays, accusé de violer les lois sur la ségrégation raciale. Ses concerts sont alors régulièrement interrompus par la police. « On ne pouvait pas se produire dans les lieux publics (…) alors on le faisait dans des endroits privés comme les églises ou d’autres enclaves non-raciales », se remémore-t-il. « Ma vie a été bouleversée par mon expérience de l’apartheid au quotidien », résume aujourd’hui Johnny Clegg.

Né au Royaume-Uni d’un père britannique et d’une mère chanteuse immigrée dans l’actuel Zimbabwe, il débarque à l’âge de 7 ans dans une Afrique du Sud où la minorité blanche règne en maître absolue sur la majorité noire. Initié aux cultures locales par son beau-père journaliste, Johnny Clegg assure que son refus de l’apartheid n’a rien de politique. « Je n’étais pas motivé politiquement mais culturellement. J’aime la musique et la danse. J’aime la langue ».

Plus de cinq millions d’albums vendus plus tard, sa carrière touche donc à sa fin. Il a commencé à écrire son autobiographie et promet de continuer la musique. Mais plus sur scène.

Le Quotidien/AFP

PUBLIER UN COMMENTAIRE

*

Votre adresse email ne sera pas publiée. Vos données sont recueillies conformément à la législation en vigueur sur la Protection des données personnelles. Pour en savoir sur notre politique de protection des données personnelles, cliquez-ici.