Nouveau projet pharaonique de Christopher Nolan, The Odyssey revisite l’épopée mythologique d’Ulysse avec les codes du blockbuster, un rutilant casting et l’ambition de donner vie à un texte fondateur de la littérature occidentale.
Pour adapter le poème d’Homère vieux de quelque 3 000 ans, le réalisateur oscarisé d’Oppenheimer et de la trilogie Batman («The Dark Knight», entre 2005 et 2012) a vu les choses en très grand. Fresque de près de trois heures, son «odyssée» personnelle a été tournée dans six pays (Grèce, Maroc, Italie…), parfois en pleine mer, et avec des caméras iMax, un format de pellicule offrant une résolution unique mais techniquement très contraignant. Budget estimé : 250 millions de dollars.
«C’était un film difficile, mais ça doit l’être : c’est l’Odyssée!», a plaisanté, devant quelques médias, Christopher Nolan, qui a également écrit et produit le film. Au gré d’allers-retours temporels qui irriguent de longue date son cinéma (Inception, Memento), The Odyssey déroule le récit du retour contrarié d’Ulysse (Matt Damon) sur son île d’Ithaque, où son épouse Pénélope (Anne Hathaway) et leur fils Télémaque (Tom Holland) doivent contenir les assauts d’une armée de prétendants au trône.
Un mythe au fort «potentiel»
Confronté au cyclope, à la colère des dieux, à la sorcière Circé ou à la méfiance de ses troupes, Ulysse voit peu à peu pâlir son étoile de chef de guerre victorieux à Troie, en même temps qu’il est gagné de doutes sur ses actes et sur son recours à la violence. «Les décisions qu’il prend ne sont clairement pas toujours les bonnes, ce qui le rend très imparfait et très humain», a déclaré Matt Damon lors d’une avant-première parisienne. «Je pense que c’est pour cela qu’il continue de trouver un écho aujourd’hui et qu’il en a trouvé depuis 3 000 ans.»
C’était un film difficile, mais ça doit l’être : c’est l’Odyssée!
Avant d’entreprendre ce nouveau projet, Christopher Nolan n’avait, lui, qu’une connaissance superficielle du mythe de l’Iliade et de l’Odyssée, mais a très vite perçu son potentiel cinématographique. «Je cherche toujours des espaces à combler dans la culture du cinéma et j’ai vraiment été surpris de constater que la mythologie grecque, en particulier l’Odyssée, texte fondateur de la littérature occidentale, a très rarement fait l’objet d’une tentative d’adaptation à l’écran», analyse le cinéaste britannique, âgé de 55 ans.
Des héros «rongés par la culpabilité»
En 2004, le Troie de Wolfgang Petersen se focalisait sur la guerre éponyme avec Brad Pitt en Achille et, vingt ans plus tard, The Return, avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche, se concentrait sur le retour d’Ulysse à Ithaque en travaillant un registre intimiste. Fidèle à son credo, Christopher Nolan opte, lui, pour une fresque spectaculaire pour retracer les vingt années d’errance d’Ulysse, dont le destin fait écho à certains de ses anciens films.

Photo : universal studios
Comme «son» Batman, le roi d’Ithaque devient peu à peu un héros solitaire tenté par la vengeance. Et comme Robert Oppenheimer, rongé par les ravages de la bombe atomique qu’il a contribué à créer, il se débat avec la culpabilité d’avoir fait basculer une civilisation en ouvrant la voie au massacre des habitants de Troie. «Ce que je trouvais intéressant, c’était l’idée d’une personne qui porte la culpabilité d’avoir changé le monde, et pas forcément pour le meilleur», raconte Christopher Nolan, qui voit aussi dans son film une réflexion intemporelle sur ce qui relie les hommes entre eux. «Le respect des individus et de leurs droits est ce qui définit la civilisation», analyse le cinéaste. «C’est une règle d’or qui sous-tend les principes de la démocratie et des droits humains. Quand nous commençons à l’oublier, tout se désagrège.»
The Odyssey, de Christopher Nolan.
Tom Holland : «C’est le meilleur scénario que j’aie jamais lu»
Avec The Odyssey et un nouveau film Spider-Man dans les tuyaux, cette année s’annonce comme celle de Tom Holland et l’acteur, célèbre pour son côté enfantin et exubérant, a du mal à contenir son enthousiasme. L’adaptation de l’épopée d’Homère par Christopher Nolan jouit du «meilleur scénario que j’aie jamais lu», vante le comédien. Il y incarne Télémaque, le fils d’Ulysse, héros majeur de la Grèce antique dont The Odyssey suit les périples mouvementés après la guerre de Troie. Le reste du casting est de haute volée, avec Matt Damon, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Charlize Theron et Zendaya – fiancée à Tom Holland.
Christopher Nolan «est un véritable collaborateur», loue l’acteur. Le réalisateur «sait ce qu’il veut, mais ce n’est pas un environnement où l’on ne peut pas proposer des idées, construire des personnages de différentes manières», témoigne-t-il. Les deux Britanniques, qui n’avaient jamais travaillé ensemble, ont beaucoup en commun : le cinéaste a réalisé une trilogie Batman – des longs métrages qui comptent parmi les films de superhéros les plus réussis, tout comme ceux où Holland endosse le costume de Spider-Man.
Avec Spider-Man : Brand New Day, l’acteur a rempilé pour un septième film Marvel, mais «c’est toujours comme la première fois», assure-t-il. Juste avant l’entretien réalisé à Los Angeles, il était encore sur le tournage des nouvelles aventures de l’homme-araignée à Glasgow, ville écossaise choisie par la production pour servir de double à New York. «Hier, j’étais au sommet d’un char d’assaut qui roulait dans la rue principale de Glasgow, devant des milliers de fans, et c’était génial!», raconte-t-il. Le film devrait sortir deux semaines après The Odyssey, en plein cœur de l’été.