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Harcèlement, sexisme, litiges : Uber empêtré dans les affaires


Le siège d'Uber à San Francisco, en août 2016. (Photo : AFP)

Harcèlement, sexisme, vols de technologies et litiges en tous genres: les déboires s’accumulent pour le géant américain de location de voitures avec chauffeur Uber, qui doit aussi faire face à de grosses pertes financières.

Dernier scandale en date: un responsable d’Uber, renvoyé depuis, avait récupéré le dossier médical d’une femme violée en 2014 par un chauffeur Uber à New Delhi, avant de le confier au PDG du groupe Travis Kalanick, dans le but de discréditer son témoignage, selon des médias américains. L’agresseur de la jeune femme avait été condamné à perpétuité l’année suivante.

Le responsable en question, Eric Alexander, ne «fait plus partie de l’entreprise», a indiqué Uber jeudi, sans toutefois préciser les raisons de ce départ, ni sa date. Ce nouveau départ chez Uber intervient alors que la société est dans la tourmente depuis plusieurs mois, accusée par certains salariés de tolérer une culture sexiste, violente et de débauche.

Démissions et renvois en série

Uber, qui s’est lancé dans une vaste enquête interne sur ces sujets, a indiqué mardi avoir mis à la porte 20 salariés, à la suite de 215 plaintes au sein du groupe, faisant état pour certaines de harcèlement sexuel ou de discrimination. Le directeur technique du groupe, Amit Singhal, avait démissionné fin février, contraint au départ pour avoir caché la plainte pour harcèlement sexuel qui l’avait visé chez Google, son précédent employeur.

Un autre responsable, Jeff Jones, a quitté ses fonctions en mars, environ six mois après avoir été embauché par Uber, pour des désaccords sur la stratégie du groupe. Face à cette avalanche de polémiques et de défections, l’entreprise basée à San Francisco a annoncé ces derniers jours l’embauche de deux femmes pour tenter de redorer son blason: une professeure d’économie de Harvard, Frances Frei, et une ancienne responsable marketing d’Apple, Bozoma Saint John.

«Je sais où je mets les pieds», a déclaré cette dernière dans une interview au site spécialisé Recode, en référence aux nombreuses polémiques qui entourent le groupe, affirmant vouloir améliorer l’image de marque d’Uber. Mais pour l’analyste Robert Enderle (Enderle Group), le «plus gros problème» d’Uber est financier. En 2016, le groupe a perdu 2,8 milliards de dollars, pour un chiffre d’affaires de 6,5 milliards de dollars.

Selon M. Enderle, «difficile de régler des problèmes tant que l’entreprise perd autant d’argent» et tant que son PDG Travis Kalanick est en place. «Il semble que la plupart des problèmes viennent de lui», poursuit l’analyste. Travis Kalanick, patron à la personnalité réputée fougueuse, enclin à la confrontation et prompt à plaisanter sur ses conquêtes féminines, avait dû présenter d’humiliantes excuses en mars après une altercation avec un chauffeur de sa propre société, indiquant «avoir besoin d’aide» et rechercher un numéro deux pour l’épauler.

Autre souci pour Uber: le groupe est poursuivi par une filiale d’Alphabet (Google) dans une affaire de vols de technologies. En février, Waymo, qui est chargée du développement des voitures autonomes du géant d’internet, a déposé plainte contre l’un de ses anciens responsables, Anthony Levandowski, l’accusant d’avoir dérobé des données techniques quand il avait fondé sa propre entreprise, Otto, ensuite rachetée par Uber. Uber avait annoncé fin mai avoir renvoyé Anthony Levandowski, lui reprochant de ne pas vouloir coopérer avec l’enquête ouverte à la suite de cette plainte.

Logiciel espion

Toujours sur le front judiciaire, le gouvernement américain a ouvert une enquête pénale contre Uber, soupçonné d’avoir utilisé un logiciel pour permettre à ses chauffeurs d’éviter de se faire repérer par les autorités dans les zones dont il est exclu. Présent dans 500 villes dans le monde, Uber fait régulièrement face à des problèmes juridiques avec ses chauffeurs (sous-payés à New York), avec les taxis (en France, en Pologne, en Espagne…) ou avec les autorités des pays concernés.

En mai, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) avait estimé qu’Uber devait disposer de licences et agréments au même titre que les taxis ordinaires pour pouvoir exercer, remettant en cause le modèle de fonctionnement du groupe. Uber, qui a démarré en 2010, n’est pas cotée en Bourse mais est valorisée à hauteur de 70 milliards de dollars, sur la base des levées de fonds réalisées auprès d’investisseurs. Il domine pour l’instant le marché mais son concurrent Lyft, fondé en 2012, joue lui la carte de l’entreprise «modèle» et multiplie les partenariats avec constructeurs automobiles et concepteurs de logiciels.

Le Quotidien/AFP

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