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Un père accusé de viols sur sa fille de six ans


La défense ne s’arrête pas aux témoignages des proches de la victime présumée et doute de sa crédibilité. (Photo : archives lq)

Alors qu’elle n’était âgée que de six ans, une jeune femme aurait été violée et abusée sexuellement par son père. Après s’être murée dans le silence, elle l’a dénoncé.

«Elle était trop jeune pour savoir que ce n’était pas bien. C’était son père après tout. Elle a tout mis dans un tiroir jusqu’à l’adolescence», décrit une experte psychiatre. «Un jour, on apprend par la télévision ou par une relation que ce n’est pas normal. Et pouf, tout vous tombe dessus.» Saskia (prénom modifié par la rédaction) a mis des années avant d’accuser son père de viol, de tentative et d’attentat à la pudeur quand elle avait six ans. 

Les faits allégués remontent à fin 2013 et 2014. La défense du prévenu met en doute la crédibilité, des années après, de la jeune fille ainsi que la méthode de l’experte pour en attester. «Je n’ai pas trouvé de motif qui l’aurait poussée à mentir», insiste l’experte qui a décelé une grande détresse émotionnelle et un syndrome de stress post-traumatique chez la victime présumée. «On retrouve ces symptômes chez toutes les victimes de crimes sexuels.» Et d’ajouter : «Elle a tout gardé pour elle, aussi parce qu’à l’époque, c’est son père qui s’occupait d’elle.»

Saskia s’est confiée à son frère aîné qui avait remarqué qu’elle n’allait pas bien. Incapable de verbaliser les faits, elle lui a écrit un SMS alors qu’ils étaient assis côte à côte. Le sujet «sensible» n’a ensuite plus été évoqué pendant quelque temps. Par pudeur et respect, selon le frère qui avait offert son oreille bienveillante à sa petite sœur pour quand elle serait prête à parler davantage. 

La séparation de leurs parents a été un soulagement pour la famille, confirme le frère qui a coupé tout contact avec son père depuis 2019. «Il était physiquement violent avec nous, les enfants. Il était difficile de remarquer quelque chose qui sort de l’ordinaire quand l’ordinaire est fait de violences physiques et mentales et de cris. Mon père est raciste, sexiste et homophobe.» 

Quelques jours avant cette audience, le jeune homme a appris que son père s’en serait également pris à sa deuxième sœur. Le tribunal a été déclaré incompétent territorialement pour juger de ces faits commis en Lettonie, d’où la famille est originaire. La jeune femme de 26 ans avait gardé le silence jusqu’à l’année dernière. Les accusations de sa petite sœur ont fait remonter les mauvais souvenirs à la surface. 

Plus aucun contact

À la barre de la 9e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg, la sœur aînée confirme d’une toute petite voix tremblante ce qu’elle avait déjà confié à la police. Elle avait treize ans. «J’étais dans le déni et j’essayais de lui trouver des excuses, l’alcool notamment», indique-t-elle en pleurs. Saskia va mieux, dit-elle. «Sauf quand elle évoque les faits.» Le tribunal veut savoir si elle est en état d’être interrogée à l’audience. «Pas devant son père», avance la témoin. «Elle est plus forte aujourd’hui, mais je pense que si elle était capable de le faire, alors pas en présence de son père et avec un soutien psychologique», affirme sa maman.

«Ma fille n’arrivait pas à en parler. Elle m’a confié ce qui s’était passé dans des messages WhatsApp. C’était très difficile pour elle et pour moi aussi», rapporte la mère de la victime présumée. «Mon premier réflexe a été de chercher une aide psychologique pour nous deux.» Ce n’est qu’après qu’une plainte a été déposée à l’encontre du père. «Saskia était en quête de justice. Elle voulait être reconnue en tant que victime, que quelqu’un la croie.» 

Jusque-là, la maman avait mis le mal-être de sa fille sur la puberté, des problèmes à l’école ou une forme d’hypersensibilité. «Elle m’a parlé de son questionnement quant à son orientation sexuelle.» La maman était à moitié rassurée. «Elle ne confiait jamais rien, ne parlait jamais de rien.» 

Toute la famille a tourné le dos au prévenu depuis la révélation. «La police nous a conseillé de ne plus le contacter après le dépôt de plainte», explique la mère de famille. Le prévenu était retourné vivre en Lettonie après le divorce, où la fratrie allait lui rendre visite pendant les vacances.  

Au Luxembourg, un mineur de moins de 16 ans est réputé incapable de consentir à un acte sexuel. Les peines encourues pour un viol sur une victime de moins de onze ans sont de 10 à 15 ans de réclusion. Les circonstances aggravantes, comme l’inceste, augmentent le quantum de la peine à 15 ou 20 ans de réclusion, voire à la perpétuité selon la gravité des faits commis.

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