À Belval, le projet Roots franchit une étape majeure avec l’achèvement de ses travaux de gros œuvre. Cet ensemble mise sur une construction largement en bois et des solutions bas-carbone pour réduire son empreinte environnementale.
Ce vendredi, un bouquet a été solidement accroché au deuxième étage de l’un des bâtiments qui composent l’ensemble du projet Roots, à Belval, marquant ainsi la fin des travaux de gros œuvre du chantier. Cet ensemble, qui doit son nom à son ossature en bois et à sa conception bas-carbone, vient parachever vingt années de transformations dans le quartier. Implantés au cœur de l’ancienne friche industrielle, dans le Central Square, ces bâtiments accueilleront, d’ici à 2027, une centaine d’appartements, ainsi que des bureaux et des commerces, sur plus de 20 000 m² au total.
Le projet marque déjà un tournant dans le paysage luxembourgeois par sa conception, qui vise à réduire au maximum son empreinte carbone. Un véritable défi pour un projet de cette envergure. Grâce à sa superstructure en bois, à ses panneaux photovoltaïques et à ses systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation optimisés, Roots s’est déjà imposé comme un projet précurseur en remportant, en octobre 2024, la certification LCBI (Low Carbon Building Initiative), une première en Europe.
Ce vendredi, une visite du chantier était organisée en présence de l’ensemble des acteurs et actrices ayant participé au projet : les promoteurs BPI Real Estate Luxembourg et Unibra Real Estate; CLE, chargé de la construction et figurant parmi les précurseurs disposant d’une expertise reconnue dans la construction en bois; la directrice de LCBI, Cécile Dap; Stéphane Hardy, de chez Hydro Building Systems; et Philippe Courtoy, spécialiste du bois au sein de la société Wood Shapers.
Le bois au cœur de la construction
Ce qui attire immédiatement le regard lorsque l’on parcourt l’extérieur, mais aussi les différents étages du chantier, c’est l’omniprésence du bois. Ici, l’utilisation du béton a été réduite à ses fonctions essentielles. «Le béton va permettre de sécuriser, de créer des zones refuge et d’assurer la statique du bâtiment. Nous allons l’utiliser pour créer un socle, pour les escaliers et les évacuations», détaille Christophe Hermann, directeur général de CLE. «Il faut utiliser le bon matériau au bon endroit», résume-t-il.
Cette stratégie et l’utilisation du bois à grande échelle ont joué un rôle prépondérant dans la certification du bâtiment Roots. Un matériau qui reste encore à démocratiser dans le secteur de la construction, mais qui possède ici des qualités qui en font «un véritable coffre-fort de carbone», souligne Philippe Courtoy. D’une part, sa transformation en éléments constructibles nécessite relativement peu d’énergie et, d’autre part, le bois ne rejette que très peu de carbone, celui accumulé durant la photosynthèse y reste stocké jusqu’à la fin de sa vie. Mais ce matériau présente bien d’autres atouts.
«Avec le bois, il n’y a pas de temps de séchage comme avec le béton. On gagne en rapidité. Sur ce chantier, nous réalisions un niveau par semaine», explique Philippe Courtoy. Le spécialiste de Wood Shapers fait également l’éloge du matériau pour sa légèreté : «On peut utiliser des éléments beaucoup plus longs.» Pour autant, il souligne certaines contraintes à prendre en compte dans son utilisation, notamment ses propriétés acoustiques, sa sensibilité à l’humidité et son caractère combustible. «Il s’agit d’un bon matériau, avec des contraintes connues et maîtrisées», conclut-il.
Un modèle bas-carbone mais aussi à bas coût
Avec le projet Roots, toutes les personnes ayant participé à l’élaboration du bâtiment souhaitent également démontrer la pertinence d’un concept bas-carbone, notamment sur le plan économique. «Si, dès le départ, le projet est pensé pour réduire l’empreinte carbone et que l’on choisit les bons partenaires, cela ne coûte pas si cher», estime Stanislas Pottier, président de BBCA International.
Des chantiers qui durent moins longtemps, des gains à l’exploitation des bâtiments, une absence de perte de valeur et une compatibilité avec la réglementation à venir, ce type de projet a de quoi séduire. Y compris le ministère, qui a fait l’acquisition d’une trentaine de logements au sein de Roots.
LCBI est l’association qui établit les méthodes pour mesurer l’empreinte carbone et garantit leur caractère scientifique et collectif. Pour autant, elle n’attribue pas le label : cette mission revient à des certificateurs indépendants qui interviennent dans toute l’Europe.
Au début du projet, LCBI calcule l’empreinte carbone et dépose un dossier auprès du certificateur. Les données sont alors minutieusement vérifiées à partir de preuves telles que les matériaux, plans, documents des géomètres ou encore justificatifs liés à l’énergie. Un premier niveau de label est attribué en phase conception. Une seconde vérification intervient à la livraison du chantier, permettant d’obtenir le label final.
Sur ce chantier, le niveau «excellent» a donc été obtenu en phase de conception. L’intervention d’un tiers indépendant est essentielle, car elle garantit aux acteurs immobiliers et financiers une donnée neutre et fiable, et évite tout risque de «greenwashing».
Au Luxembourg, un autre bâtiment vient d’atteindre le même niveau de certification au sein du projet Kennedy Park au Kirchberg.