Quelles sont les conséquences des prix négatifs de l’électricité pour les producteurs ayant installé des panneaux agri-photovoltaïques?
Le phénomène était marginal il y a encore quelques années, il est en train de devenir la norme. Dans la zone de marché commune Allemagne-Luxembourg, les heures durant lesquelles l’électricité se vend à un prix négatif sur le marché de gros se multiplient à un rythme spectaculaire. De 139 heures en 2021, on est passé à 573 heures en 2025, un record. Et l’accélération se confirme : entre janvier et juin, pas moins de 1 178 quart-heures ont affiché une valeur négative, un mode de calcul plus fin adopté depuis le 1er octobre 2025.
Derrière ces chiffres, une réalité concrète pour les exploitants de panneaux solaires : produire quand personne n’a besoin de leur électricité ne rapporte plus rien, voire coûte de l’argent. C’est ce qui a poussé les députés LSAP Claire Delcourt et Georges Engel à interpeller le ministre de l’Économie, Lex Delles, sur un sujet devenu sensible. Cette dynamique «pèse directement sur la rentabilité des installations photovoltaïques», écrivent-ils, en particulier les projets «agri-PV» attribués récemment.
La règle du jeu européenne est claire : les producteurs ne peuvent pas toucher d’aide publique lorsque leur électricité a une valeur de marché négative. L’idée est simple, précise le ministre : «éviter toute incitation à injecter de l’électricité pendant ces périodes». Concrètement, la prime de marché, versée sur 15 ans, n’est plus payée dès que les prix plongent dans le rouge pendant un certain nombre d’heures consécutives, un seuil qui se resserre d’année en année. À partir du 1er janvier 2027, une seule heure suffira.
Le stockage comme solution
Pour ne pas pénaliser trop lourdement les producteurs les plus récents, un mécanisme de compensation a toutefois été prévu : les heures non rémunérées viennent prolonger d’autant la durée du contrat de 15 ans. Les députés voulaient savoir combien d’heures étaient concernées et selon quel calendrier. La réponse reste prudente : ces périodes «sont spécifiques à chaque installation».
Le ministre mise surtout sur le stockage pour désamorcer le problème. Depuis 2025, les appels d’offres favorisent les batteries directement raccordées aux installations, afin de conserver l’électricité produite et de la réinjecter «en dehors des périodes de prix négatifs». Des échanges avec le secteur sont en cours pour aller plus loin.
Restait une piste évoquée par les élus : renforcer les capacités d’échange avec les pays voisins. Sur ce point, Lex Delles se montre catégorique. Le Luxembourg partageant la même zone de prix que l’Allemagne, muscler les interconnexions «n’aurait, à lui seul, qu’un impact très limité, voire nul» sur le niveau des prix. Les épisodes négatifs, rappelle-t-il, viennent d’un déséquilibre entre une forte production renouvelable et une demande insuffisante à l’échelle de cette vaste zone. La vraie réponse, selon lui, se trouve du côté de la flexibilité : stockage, gestion de la demande et couplage sectoriel.