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Accès à la formation continue : «Sur le terrain, les actes des patrons ne suivent pas»


L'organisation plaide à nouveau pour instituer un comité tripartite dédié. (Photo : adobe stock)

En cette rentrée, la Chambre des salariés enfourche à nouveau son cheval de bataille et réclame une vraie réforme de la formation professionnelle continue.

Alors que le marché du travail luxembourgeois est en proie aux pénuries de main-d’œuvre et à l’inadéquation des offres d’emploi avec les compétences des candidats, la Chambre des salariés (CSL) a bien du mal à comprendre pourquoi ses revendications de longue date visant à soutenir la formation continue peinent à être entendues.

Ainsi, ce jeudi, le traditionnel rendez-vous de rentrée de son centre de formation, le Luxembourg Lifelong Learning Centre (LLLC), poids lourd du secteur avec plus de 17 000 inscrits en 2025/2026 (contre 13 000 l’année précédente), a été l’occasion pour le directeur Sylvain Hoffmann d’appeler à nouveau gouvernement et patronat à prendre leurs responsabilités.

Moins d’opportunités de formation

«On entend les patrons insister sur l’importance de la formation continue, valoriser l’upskilling, mais sur le terrain, les actes ne suivent pas. Au contraire, nos enquêtes Quality of Work menées depuis 2013 avec l’université du Luxembourg montrent que de moins en moins de formations sont organisées dans les entreprises.»

Sylvain Hoffmann veut sensibiliser et responsabiliser les employeurs. (Photo : hervé montaigu)

En effet, ces dix dernières années, les milliers de travailleurs interrogés ont rapporté une dégradation progressive de leurs opportunités de formation, bloquées depuis 2021 à un score historiquement bas (46,1 points en 2025). Un phénomène qui rend l’accès à la formation inégal et crée de l’injustice sociale, dénonce la CSL.

«Beaucoup restent à l’écart»

«Les salariés doivent avoir les mêmes droits et les mêmes moyens pour suivre une formation. Pourtant, c’est loin d’être le cas aujourd’hui. Ceux qui suivent des cours du soir au LLLC et investissent du temps et de l’argent de leur propre poche sont uniquement ceux qui peuvent se le permettre. Beaucoup restent à l’écart, et ce sont souvent les travailleurs les moins qualifiés.»

Un focus de l’enquête Quality of Work 2025 publiée en février concluait ainsi que les cadres, les professions intellectuelles et les jeunes salariés participent davantage à des cours, tandis que les personnes exerçant un métier physique ou de service – nettoyage, restauration, commerce, construction – en ont moins l’opportunité.

Manque de temps et de soutien

Le temps disponible figure parmi les freins les plus cités : 49 % des salariés déclarent en manquer, surtout ceux exerçant en horaires décalés, dans des hôpitaux, la finance, l’IT, l’hôtellerie-restauration ou le fret. Le manque de soutien de l’employeur et l’absence de financement reviennent aussi fréquemment, alors que la motivation est bien là.

D’où l’urgence, pour Sylvain Hoffmann, d’améliorer le dispositif légal en la matière, près de dix ans après l’adhésion du Luxembourg au socle européen des droits sociaux consacrant la formation tout au long de la vie comme droit fondamental. Un texte de 2017 toujours pas transposé à ce jour.

«Très bon bilan» pour le LLLC

  • 17 432 participants au total en 2025/2026, dont 4 218 aux cours du soir, 1 941 aux séminaires et 2 257 aux sessions e-learning
  • Année record pour les formations universitaires, masters et bachelors, avec 333 étudiants
  • Formations les plus prisées : comptabilité, droit, juridique, informatique
  • 1 213 seniors (60+) inscrits

Un retard incompréhensible pour Claude Cardoso, directeur adjoint de la CSL : «Les dernières avancées en matière d’accès à la formation continue datent de 2008», déplore-t-il.

«Aujourd’hui, il est essentiel que les entreprises soient davantage impliquées. Une partie du temps de travail devrait être consacrée à la formation, ne serait-ce que pour assurer la compétitivité, ce serait du gagnant-gagnant.»

Les dernières enquêtes Quality of Work attestent la dégradation des opportunités de formation en entreprise. (Photo : fabrizio pizzolante

En parallèle, il continue de défendre une série de mesures portées de longue date par la Chambre des salariés. D’abord, réformer le congé individuel de formation et ses 80 jours accordés sur toute une carrière, jugé «largement insuffisant, d’autant que le seuil est fixé à 20 jours sur deux ans».

La VAE, un parcours du combattant

Ensuite, instaurer des aides financières couvrant les frais et atténuant au passage certaines inégalités. S’assurer que la Maison de l’orientation dispose bien de moyens conséquents pour accompagner les salariés en reconversion, «ce qui n’est pas le cas actuellement». Et enfin, améliorer la procédure de validation des acquis de l’expérience (VAE) pour en faire un levier central des parcours professionnels.

«Les conditions en vigueur qui impliquent la constitution d’un dossier écrit détaillé sont intenables pour une grande partie des salariés. Sans parler des difficultés linguistiques! Pourquoi ne pas proposer des mises en situation concrètes? Cela a plus de sens qu’un dossier, surtout pour évaluer un carreleur ou un menuisier.»

D’après les dernières observations de la CSL, un travailleur qui entame la démarche a besoin de quatre mois en moyenne pour en venir à bout. Une autre source d’inégalité.

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