Dans l’attente du projet de loi régissant le travail de plateforme prévu cet automne, le syndicat a annoncé un accord de coopération et d’intégration avec les représentants des livreurs.
La toute jeune Union des livreurs du Luxembourg (ULL) intègre officiellement l’OGBL avec la signature d’un accord de coopération avec le syndicat. L’OGBL était ainsi entouré ce mardi des chefs de file de la contestation des livreurs au mois de juin dernier : Dhia El Gafsi, Aymen Alibi et Wassim Ben Ahmed, à visage découvert. Le temps des témoignages anonymes est révolu.
À l’heure où les tensions entre syndicats et patronat risquent à nouveau de tenir le devant de la scène, Nora Back, la présidente de l’OGBL, persiste et signe en qualifiant le travail de plateforme (Wolt, Wedely ou Uber Eats) d’«esclavage réel» dès son introduction. Selon elle, la défense des droits des livreurs est «un retour à la base» du syndicalisme.
David Angel, membre du bureau exécutif, précise : «On nous présente cette nouvelle forme de travail comme le travail de l’avenir. Ce n’est pas le joli nouveau monde qu’on veut nous vendre, mais un retour en arrière massif.» Et n’hésite pas à réitérer la comparaison avec le «travail dans les mines». Pour lui, «les pouvoirs publics sont dépassés, par les chiffres mais aussi par les violations des droits du travail». Voire des droits humains, lorsqu’il évoque par exemple «l’exploitation à l’extrême» des livreurs qu’il décrit comme «souvent immigrés récents, engagés dans les structures de réfugiés». Mais aussi la sous-traitance et ses «méthodes mafieuses», voire «criminelles», avec des commissions démesurées, des pressions ou des représailles sur les demandeurs d’asile.

Nora Back et David Angel (OGBL) dénoncent l’«esclavage réel» des livreurs. (Photo : hervé montaigu)
Du danger du travail indépendant
Aux yeux de l’OGBL, «seul le statut de salarié peut être considéré comme bon» : le statut d’indépendant est un «danger pour tous les salariés, pour les droits que nous avons acquis, et cela commence à contaminer les secteurs du nettoyage, de l’informatique ou du transport». Avant l’été, l’entrevue avec le ministre du Travail était pourtant prometteuse et des contrôles de l’Inspection du travail et des mines ont eu lieu : «Oui, il y a bien eu des contrôles, mais pas des sous-traitants… Des contrôles des livreurs en situation d’illégalité!»
Le projet de loi transposant la directive européenne de 2024 devrait toutefois être déposé d’ici peu : «Le ministre Marc Spautz l’avait annoncé fin octobre, on verra si c’est faisable, mais en tout cas avant la date butoir» du 2 décembre. Reste à régler des détails juridiques d’importance pour faire en sorte que la loi ne soit pas facilement contournée, comme c’est le cas en Belgique.
Dans cette attente, David Angel a annoncé «avec une certaine fierté un accord de coopération entre ULL et OGBL, qui prendra la forme d’une structure propre au sein de l’OGBL tout en gardant son autonomie». Pour lui, les livreurs avaient besoin du savoir-faire du syndicat, «mais ce sont eux qui savent le mieux ce qui se passe sur le terrain».
L’exploitation commence lorsque le besoin de travailler des uns devient l’occasion de faire des profits pour les autres
Et qui l’expliquent le mieux. Pour Dhia El Gafsi, les livreurs sont de «faux indépendants». Aymen Alibi va plus loin : «Nous ne demandons pas un traitement de faveur, juste être considérés avec respect et dignité.» Rappelant leurs conditions de travail, avec une protection sociale défaillante, des horaires de 12 à 15 heures par jour pour satisfaire les besoins du marché, une conduite rapide mettant en danger leur sécurité et celle des autres, le livreur demande aux plateformes de livraison davantage de transparence et de responsabilité : «Nous ne devons pas avoir à choisir entre notre santé et notre budget. L’exploitation commence lorsque le besoin de travailler des uns devient pour d’autres l’occasion de faire des profits.»
Pour organiser le mouvement de grève du mois de juin, il a fallu se coordonner. À l’origine, un groupe WhatsApp est créé par Dhia, Aymen et Wassim. Ils constituent tous les trois l’Union des livreurs du Luxembourg, bientôt rejoints par une centaine de leurs pairs, dans le but de défendre collectivement leurs intérêts, de porter leurs revendications et d’organiser leurs actions. À ce jour, ils sont 200 d’après Aymen, sur les 2 000 livreurs du territoire estimés par l’OGBL, qui admet la difficulté d’avoir des chiffres fiables, avec «beaucoup de marché noir et de travail irrégulier».
Dans le cadre de l’accord de coopération avec l’OGBL, l’ULL est rattachée au syndicat Commerce, Garages et Horeca et disposera d’une assemblée des livreurs comme principal espace démocratique. Elle sera d’ailleurs bientôt réunie dans le cadre d’un prochain mouvement de grève si leurs revendications ne sont pas entendues. L’intégration à l’OGBL devrait donner davantage de visibilité et susciter l’adhésion des travailleurs en sous-traitance.

(de g. à d.) Dhia El Gafsi, Aymen Alibi et Wassim Ben Ahmed, cofondateurs de l’ULL. (Photo : hervé montaigu)