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Jusqu’à sept pesticides dans une pomme luxembourgeoise, alerte le Mouvement écologique


Roger Dammé, Blanche Weber et Claire Wolff veulent des mesures fortes du gouvernement. (Photo : fabrizio pizzolante)

Le Méco exhorte le gouvernement à agir, alors que des analyses confirment la contamination de pommes luxembourgeoises à un cocktail de pesticides.

«Combien de substances toxiques devons-nous encore ingérer quotidiennement avant que le gouvernement n’agisse enfin? Et comment protéger nos enfants des effets nocifs des pesticides?», interroge le Mouvement écologique (Méco), qui ne décolère pas après de nouveaux résultats d’analyses accablants concernant des pommes luxembourgeoises.

Dans son étude «Pesticide cocktails, PFAS and neurotoxins in most European apples» publiée jeudi, l’organisation Pesticide Action Network Europe – dont fait partie le Méco – montre à quel point, dans toute l’UE, les pommes sont contaminées par des résidus de pesticides.

Avec des résultats préoccupants : «10 pesticides ont été découverts dans les pommes du Luxembourg, des fongicides et des insecticides. Et la plupart (85%) contenaient un cocktail de plusieurs substances actives», pointe le Méco, ajoutant que les échantillons de fruits envoyés par treize pays contenaient 58 pesticides au total.

Les jeunes enfants exposés

Plus inquiétant encore, les tests montrent que 90% de ces pommes cultivées de manière conventionnelle ne devraient pas être consommées par les enfants de moins trois ans, si on s’alignait sur les restrictions imposées aux aliments transformés pour bébés.

En effet, celles-ci sont bien plus strictes que les règles appliquées aux aliments bruts. «Les résidus décelés étaient jusqu’à 112 fois supérieurs à la limite légale pour les aliments destinés aux jeunes enfants», signale le Mouvement écologique.

Le Luxembourg, triste leader

Autre point de crispation pour la présidente Blanche Weber et son équipe: dans cette étude, le Luxembourg se distingue particulièrement négativement de la moyenne européenne, avec des pommes locales aux substances nocives largement supérieures aux autres pays. Jusqu’à sept pesticides dans une seule pomme.

«Six d’entre eux sont des produits utilisés contre les maladies fongiques, ce qui signifie qu’ils sont répandus à plusieurs reprises dans les vergers au cours de la saison. D’où ces multiples contaminations dans le produit final ingéré par les consommateurs», s’agace le Méco. «Si des valeurs limites étaient fixées pour les cocktails de pesticides, ces pommes seraient certainement retirées du marché.»

Les coulisses de l’étude

En septembre 2025, des pommes issues de l’agriculture conventionnelle ont été achetées dans des supermarchés, des marchés locaux ou en vente directe à la ferme dans treize pays de l’UE. Au total, 59 échantillons ont été collectés et envoyés pour analyse. Les variétés les plus représentées étaient Gala, Golden Delicious, Elstar et Jonagold.

Concernant le Luxembourg, il s’agissait d’Elstar achetées en supermarché et d’autres variétés provenant de deux producteurs. C’est un laboratoire allemand qui a effectué les tests, précisant que les concentrations de pesticides détectées «représentent l’exposition réelle aux pesticides et non des traces».

Pour l’organisation écologiste, l’étude de PAN Europe est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, après toute une série publiée ces dernières années.

  • Enfin, des analyses de PAN Europe en 2024 et 2025 ont établi une contamination au TFA – produit chimique éternel provenant en grande partie des pesticides utilisés dans l’agriculture – dans les eaux souterraines et de surface, eau du robinet, eau minérale, ainsi que dans la chaîne alimentaire, dans la farine, le pain, les pâtes et le vin.

Des fongicides ont été pulvérisés sur les pommes locales analysées, plusieurs fois durant la saison. (Photo : didier sylvestre)

«Aucune mesure concrète»

Face à ces constats, le Méco dénonce l’inaction des autorités : «Aucune mesure concrète n’a été engagée pour protéger la santé humaine et l’environnement contre ces polluants nocifs et destructeurs. Aucune initiative n’a été prise pour conseiller les agriculteurs sur les alternatives.»

«Au contraire, au niveau européen, la Commission veut même reculer. On ignore quelle position le Luxembourg défend puisque, dans plusieurs questions parlementaires, les ministres de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Santé n’ont pas répondu sur ce point.»

Un plan «vide de contenu»

Quant au plan d’action national pour l’agriculture biologique, présenté par Martine Hansen fin décembre, le Mouvement écologique le juge «peu ambitieux et largement vide de contenu».

«Cette attitude est effrayante. Ça suffit! Nous avons droit à des aliments sains, non contaminés par des produits chimiques toxiques. Nous exhortons le gouvernement à enfin relever le défi de convertir le pays à une agriculture respectueuse de la santé et de la nature», a martelé Blanche Weber.

Les revendications du Méco

  • Maintenir un niveau élevé de protection contre l’exposition aux pesticides au niveau européen
  • Mettre en œuvre la directive européenne sur l’utilisation durable
  • Réviser systématiquement le PAN BIO 2030
  • Introduire dès maintenant le bio dans toutes les cantines publiques
  • Informer les consommateurs, en particulier les parents
  • Définir une méthodologie pour évaluer les cocktails de pesticides
  • Encourager les supermarchés à ne plus collaborer avec des producteurs dont les produits sont contaminés

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