Face à l’explosion démographique des ragondins au Grand-Duché, le gouvernement a détaillé ce jeudi 28 mai dans une réponse parlementaire sa stratégie de capture et de neutralisation de cette espèce invasive.
Les statistiques communiquées par le ministère illustrent une explosion démographique sur le territoire national. Alors que la présence de ce rongeur aquatique, également connu sous le nom de nutria, demeurait purement anecdotique avec un seul individu capturé par l’administration de la Nature et des Forêts (ANF) en 2017, la situation s’est rapidement dégradée.
Après une lente progression ayant mené à une trentaine de prises annuelles au début des années 2020, les services de l’État ont dû faire face à une véritable flambée.
L’année 2023 a marqué un premier tournant avec 130 animaux neutralisés, avant d’atteindre un pic impressionnant de 250 individus pour la seule année 2024. Bien que l’année 2025 affiche un léger recul avec 155 spécimens recensés, la pression sur les écosystèmes luxembourgeois reste particulièrement intense.
Cette prolifération s’explique par la biologie même de l’animal : originaire d’Amérique du Sud et introduit en Europe pour l’industrie de la fourrure, le ragondin se reproduit toute l’année. En l’absence de ses prédateurs naturels originels sur le continent, sa population croît de manière exponentielle.
Des dégâts écologiques et sanitaires considérables
Si le Luxembourg déploie des efforts pour traquer le ragondin, c’est en raison de son mode de vie qui bouleverse profondément les écosystèmes locaux. Cet imposant rongeur creuse de vastes réseaux de galeries dans les berges des cours d’eau, accélérant dangereusement l’érosion et augmentant les risques d’inondations et d’effondrement.
Très gourmand en végétaux aquatiques, il détruit également les roselières qui servent de nurserie aux poissons et n’hésite pas à piller les nids d’oiseaux.
À ces dommages environnementaux s’ajoute un véritable risque de santé publique. Le ragondin est un vecteur de plusieurs zoonoses, dont la leptospirose, une bactérie transmissible à l’homme et aux animaux domestiques via les eaux souillées par ses urines.
Des captures ciblées et une issue fatale
Pour endiguer cette menace, l’ANF est en première ligne. Selon la topographie et les situations rencontrées sur le terrain, les agents adaptent leurs techniques de capture en privilégiant généralement l’utilisation de cages pièges ou le déploiement de filets.
Cependant, le sort réservé à ces animaux une fois attrapés heurte parfois les sensibilités. Le ministre Serge Wilmes a répondu sans détour : tous les ragondins appréhendés sont systématiquement neutralisés (euthanasiés). Cette issue fatale ne relève pas d’un choix arbitraire, mais d’une obligation légale stricte.
En effet, le règlement de l’Union européenne (n°1143/2014) interdit formellement de libérer dans la nature des spécimens inscrits sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes.
L’alternative consistant à placer ces rongeurs en captivité pour leur épargner la mort s’avère par ailleurs totalement irréalisable, le gouvernement précisant que les parcs animaliers et les zoos sont d’ores et déjà saturés et dans l’incapacité matérielle d’accueillir de nouveaux pensionnaires de cette espèce.